Une histoire, un style, une passion, une mini collection, un nom : Leslie Ferré

Véritable coup de cœur pour ses créations, ma rencontre avec Leslie avait quelque chose d’un moment suspendu dans une bulle hors du temps. J’ai voyagé au gré de son histoire, un peu comme on visite un musée et quand on en ressort, ça flashe. Oui, j’ai adoré écouter l’histoire de Leslie, de sa passion pour le stylisme, le dessin, l’art et toutes les belles choses. De ses recherches de matières, de ses adresses secrètes pour se fournir mais aussi de se rendre compte comment la mode est anxiogène et peut rapidement ôter la partie savoir-faire et épanouissement. Leslie Ferré qui en une dizaine d’années à traverser trois pays, s’est adaptée, est passée de la production en atelier à une production à la main, pièce par pièce, par elle-même. Leslie Ferré, ce sont des pièces fortes et originales, quasi uniques. J’ai déjà presque tout dit mais il en reste encore….

Leslie Ferré, une passion innée

A la fin de ses études scientifiques, Leslie continue de se rêver styliste. Elle commence à travailler pour se payer des études de stylisme! Elle débutera avec du dessin au Bozar de Nantes en cours du soir. Pour le plaisir, pour essayer mais pour ôter ses doutes sur sa passion et se lancer dans le cursus qui lui fait de l’œil depuis des années.

A regarder de plus près, la confection a toujours fait partie de sa vie. Même si ce n’était pas à un niveau professionnel, sa mère réalisait tous ses habits, et sa grand-mère était couturière. Ce n’était donc qu’une question de temps pour qu’elle bifurque elle aussi dans le milieu du textile.

Le tour du Nord

Qui la mène de Nantes à Paris, pour ses études, à la Normandie, où elle dessinera ses premières pièces dans une maison perdue au milieu de nulle part. Elle donnera vie à ses patrons en Angleterre pour revenir à Lille, relancer sa marque et étendre son débit de production. Enfin, elle posera ses valises à Bruxelles où elle calme le tempo, repart à zéro et laisse libre court à sa création dans son petit appart-atelier.

Un pas en avant, un pas en arrière

C’est en intégrant le dispositif d’aide à la création de la maison de Mode que le coup de fouet a opéré. Une mine de conseils, une visibilité et  plusieurs points de vente pour ses collections. Mais après trois ans, en travaillant 7 j sur 7, elle ne se rémunérait toujours pas. Remise en question, arrêt net et nouvelle aventure pour elle en freelance. Elle apportera sa patte dans le textile et la maroquinerie via ses dessins.

Ensuite, direction Bruxelles, son activité lui permettant de s’implanter où elle veut, et son cœur ayant flashé pour la ville, plus rien ne la retenait à Lille. Petit à petit, elle a diminué son temps de freelance et s’est réconciliée avec sa propre production. Mais dorénavant, elle a décidé de voir tout en petit, de cultiver sa passion et son savoir-faire et de ne produire qu’au rythme de ses deux mains.

Retour à la simplicité d’antan

Fini les trente pièces par modèle, majorées de trente pourcent car petite quantité produite, qui dorment en attendant de trouver quelqu’un qui les portera. Courir derrière des mètres de tissus pour s’assurer que si ça marche on pourra en refaire c’est trop, les prix sont élevés et on ne sait jamais ce qui adviendra du stock.

Elle se défait des contraintes financières : pas de stocks de matière ni de produits finis, pas de magasins, juste sa main d’œuvre. Tout se passe entre ses quatre murs, la version simple du système comme au temps de sa grand-mère.

Mais au-delà de tout, ça a vraiment du sens : paraît un processus naturel avec le fait d’être en lien direct avec tout, à toutes les étapes, du dessin au produit fini.

Grâce à des adresses secrètes à Paris

Et un gros travail de recherche depuis ses études à Paris, Leslie sait où se fournir de belles matières impayables dans des salons. A force de fidélité, un climat de confiance s’installe.

« J’ai vu ça, j’ai pensé à toi »

Tout ce travail est aussi important et occupe un temps non négligeable.

Des pièces quasi uniques

Tout simplement car elle revient en train, donc elle ne ramène que ce qu’elle sait porter à bout de roulettes. Qu’elle ne connaît pas le rendu d’une pièce avant de l’avoir confectionnée, et son but est de minimiser le risque de tissu perdu. Et que parfois il n’y a pas plus ou il n’y a plus !

Dans son atelier, elle dessine ses pièces.

Des hauts, des bas, des pulls, des vestes, des jupes, des salopettes, tout est possible. Mais ce qui la caractérise, c’est le jersey, l’unicité de ses pièces, la surprise et son carnet d’adresse pour se fournir en belles matières qu’elle met un point d’honneur à choisir dans ses boutiques fétiches.

Excitation et frénésie

Ce n’est que depuis septembre qu’elle se consacre à sa marque à temps plein et c’est pour ça qu’elle n’a fait que quelques timides apparitions sur les marchés. Mais la voici d’attaque pour la fin de l’année et la suivante !

Filez sur sa page pour voir les événements auxquels elle participe. Voici en vrac, la tricoterie (9/12), le grand marché durable (14/15/16 -12) et la lustrerie (21/22/23-12) pour les prochains week-end.

Bénédicte van Egeren

C’est Saint Nicolas et t’as pas tes pantoufles ? J’ai ce qu’il te faut

Les pieds bien au chaud, on est d’accord, c’est plutôt agréable. C’est encore mieux si les matériaux utilisés sont de belle qualité et confectionnés dans les règles de l’art…Et le best, c’est que tout le monde y trouve son bonheur mini, midi, maxi, homme, femme. Pas de jaloux, tout le monde a droit à porter du mini *M*.

Les débuts de mini *M*

mini *M* a été crée il y a déjà quelques années mais tout récemment c’est Marie-Amélie qui a repris les rênes. Son parcours initial n’allait peut-être pas la mener au textile mais quand la question de passer le flambeau de la marque s’est posée, elle n’a pas hésité longtemps. Connaissant et adhérant aux produits proposés, elle se sentait prête à apporter sa touche à l’univers de mini *M*.

mini *M* c’est quoi ?

C’est une gamme de produits en moumoute pour adultes et enfants. On y trouve des pantoufles, en différents modèles et différentes couleurs, toutes les pointures sont couvertes ! De nourrisson à pas de géants ! Les mains ne sont pas en reste avec les gants ou les moufles. Des créations propres sont aussi dessinées, tels que des gilets et des snoods pour les kids. Et le ptit détail qui fera toute la différence pendant l’hiver, c’est la petite semelle à glisser dans ses baskets pour rester bien au chaud. Parce que l’hiver en sneakers, c’est top ! A tenter aussi dans des escarpins 😉

                                    

Made in Portugal

Toute la collection est fabriquée au Portugal, dans une tannerie familiale, qui est engagée au niveau écologique. Elle est d’ailleurs réputée pour sa gestion écoresponsable et l’attention qu’elle donne aux produits, à la façon de les réaliser.

Les peaux de mouton et le tannage

Les peaux utilisées, sont récupérées et tannées végétalement. Seule l’écorce et les extraits de certaines plantes et arbres sont utilisés pour y parvenir. Grâce à ce processus, les peaux sont tout à fait hypoallergéniques et évitent la présence de produits chimiques.

Les peaux et leur pouvoir thermo-régulateur

Le saviez-vous ? Que la peau de mouton a un pouvoir isolant élevé mais sans faire transpirer puisqu’elle laisse la peau respirer. Résultat, pas besoin de ranger ses pantoufles en mars, on peut les garder toute l’année !

Maintenant que ces jolies choses n’ont plus de secrets pour vous, vous savez ce qu’il vous reste à faire, si vous voulez avoir vos extrémités bien au chaud!

Bénédicte van Egeren

La fille du pont remet la broderie au milieu du village

Si je vous dis « broderie », vous pensez quoi ? Vieux, ringard, poussière, kitch, la nappe de ma grand-mère ? Oui, moi aussi j’avoue, à première vue c’est ça qui me vient à l’idée. Mais la suite va peut-être vous faire changer d’avis.

Julie, et sa patience sans limite, c’est la fille du pont.

C’est en se lançant dans une formation en design textile qu’elle a découvert, au milieu d’autres disciplines,  une passion cachée pour les points, les fils et donc la broderie, manuelle, il va sans dire.

Ce n’était pas fort prévu dans le cursus mais les grands hasards font les belles choses. La voilà mordue par cette nouvelle activité, qui a su attiser sa curiosité et l’emporter bien au-delà pour notre plus grand bonheur.

Reprendre le temps, c’est bien de ça qu’il s’agit

Celle qui n’a curieusement aucune patience pour tricoter, peut rester la tête sur son ouvrage à aligner les points sans voir s’égrainer les heures. Dépoussiérer la broderie et la remettre au goût du jour, prendre le temps de créer une pièce, c’est un retour en arrière qui fait du bien. Dans un monde où tout est immédiat et accessible en deux clics dans les 24h, on savoure le temps d’attendre son cadeau, sa pièce, sa commande,…bref que sa broderie prenne forme. On retrouve l’impatience et l’excitation liée à cette curiosité de tenir le résultat entre ses mains.

« Broder partout tout le temps. »

Dans les transports en commun, au parc en été, toute minute est bonne à prendre. Sa passion lui donne cette capacité de s‘immerger et de faire abstraction de tout le reste. C’est un peu son polar quotidien, qu’elle a toujours hâte de terminer pour voir le résultat.

Si au fil des commandes, elle a pris la main, cela nécessite tout de même un temps considérable. Car il n’est pas question pour elle de passer de la broderie manuelle à la broderie sur machine. La version vintage sinon rien!

A l’attaque !

La base, c’est toujours un dessin ou une phrase qu’elle décalque car elle ne travaille pas « à bras levé ». Les dessins, motifs, phrases et messages, elle les puise dans son imagination, dans des magazines, des séries, des films. Libre à chacun de venir avec son modèle, sa propre illustration, et de lui soumettre pour réalisation.

Reste à choisir le support. Ici aussi tout est permis. Julie s’adapte, repousse ses limites, challenge vos idées les plus folles pour allier matières et broderies. Du tissu classique, au cuir en passant par le papier pour de jolies cartes postales à message, Julie relève les défis avec brio.

Ne reste plus qu’à choisir les couleurs, ou les tons que vous désirez, ou encore de lui laisser le champ libre.

La broderie en mode multifacette

Les basiques se prêtent à merveille à son travail que ce soit pour égayer et personnaliser un Tote bag, devenu le compagnon incontournable du quotidien, ou donner une touche funky à un t-shirt uni.  En pratique, vous amenez votre pièce, sinon elle vous propose des basiques fair trade sur lesquels elle brode ensuite.

« Enjoliver les défauts ou l’usure. Rendre la pièce unique. Dans une démarche zéro déchet et slowfashion. »

Mais ce n’est pas tout, la broderie est devenue un atout pour ralentir la fin de vie de certaines pièces. Elle peut servir à dissimuler une vilaine tache ou un petit trou dans votre pièce préférée. C’est d’ailleurs en voulant dissimuler une série de trous minuscules, que sa broderie a pris la forme d’une fleur grimpante.

          

Si vous la cherchez, elle est ici

Pour commencer, vous pouvez la suivre sur les réseaux sociaux, vous en aurez plein la vue.

Dans la vraie vie, vous pouvez la trouver à la Tricoterie lors des marchés de créateurs, où elle brode en live d’ailleurs. Un petit côté humain, amusant, intriguant, sensibilisant, bref, un bon moment pour tous.

En partenariat avec l’atelier Moondust, vous pouvez mettre votre patience à l’épreuve l’espace de quelques heures. Des ateliers d’initiation à la broderie sont organisés et pour en être informés filez sur sa page Facebook.

 

Bénédicte van Egeren

Encore des sweats ? Oui mais… ce sont des sweats « Pétronille »

Le confort du sweat oui ! Mais vous en avez peut-être marre du gris chiné ou du classico classique bleu marine ? Alors voici une toute jeune marque bruxelloise qui propose des sweats pour toute la famille et surtout des sweats qui donnent bonne mine, tant à l’éthique qu’à l’esthétique.

Quand les passions resurgissent

Perrine est le visage qui se cache derrière cette nouvelle gamme de sweats. Elle ne les a  pas seulement imaginés, elle les confectionne aussi. Architecte d’intérieur de formation, elle a d’abord exercé en tant que salariée pour ensuite passer freelance. C’est alors qu’elle a pu retrouver du temps et réapprivoiser sa machine à coudre qu’elle avait tant utilisé pendant son adolescence pour se confectionner sa propre garde-robe.

Aujourd’hui, elle gère donc ses deux casquettes qui se complètent et se nourrissent à merveille. Son besoin de variété est comblé, la couture lui permet de rester en contact avec le côté création et le toucher de la matière.

Et comme il faut un début à tout

Sa première pièce officielle répondait à une demande de sa copine qui recherchait le côté « confo » du pull du dimanche. Faut-il encore expliquer l’engouement qui a surgi ensuite ? Des proches fans (on les comprend) qui veulent chacun le leur. Et comme souvent, une petite âme qui poste sur les réseaux sociaux cette jolie nouveauté. Avec un retour de trente commandes, il n’y avait plus qu’à sauter dans l’aventure.

Bien plus qu’un sweat, une philosophie

Vu l’éventail de coloris proposés et les variations quasi infinies des finitions, Perrine a décidé de ne pas se lancer dans des stocks fous (on ne trouve donc pas tous les modèles dans toutes les tailles, en version hommes, femmes, enfants). C’est contre ses principes, c’est lourd à gérer, c’est risqué et puis c’est bien connu, on veut une couleur mais avec la finition du modèle voisin, dans la taille qui manque justement. Donc pour parer à ce genre de demande, quelques pièces constituent sont stocks et pour le reste, ben c’est simple, il suffit de demander ! Et ce sera assez rapide puisque c’est soit elle soit l’atelier situé pas plus loin que Nivelles qui le confectionnera.

« Le but est de répondre à un besoin, ne pas imposer une création mais plutôt en faire une excuse pour faire partie du changement de la façon de s’habiller éthique. »

A vos compositions : treize coloris, du tissage et des superpositions de matières

Si d’habitude on voit plutôt des pulls, tout fait, customisés, ici ce n’est pas le cas. Perrine part de grands rouleaux de tissus et les transforme petit à petit en pull. Elle essaye de simplifier un maximum les coupes pour que le temps de production diminue et que les pièces soient abordables. Car faire la promotion d’une garde-robe éthique mais inaccessible n’a aucun sens pour elle.

Ses finitions sont aussi sa marque de fabrique. Elle joue sur les empiècements, les tissus en lin sur lesquels elle appose des cachets, des poches, du tissage de couleurs variées. Bref, elle s’éclate en donnant libre cours à son imagination et adore réaliser de nouveaux prototypes.

L’importance de l’éthique dans la fabrication

Au niveau des matières premières, Perrine n’est pas encore arrivée à ce qu’elle voulait. Pour l’instant, elle travaille avec des tissus de super qualité mais qui ne sont pas estampillés bio. La variété de couleurs et la qualité qu’ils offrent sont sans comparaison par rapport au bio, dont les couleurs se veulent encore très classiques et trois fois plus chers, donc cela rendrait ses créations inaccessibles à une grande frange de la population.

C’est tout récemment qu’elle a commencé à travailler avec deux ateliers protégés en Belgique pour la confection des sweats. Grâce à cela, elle retrouve du temps pour développer de nouveaux modèles qui éclosent au gré de ses idées.

« Faire un prototype c’est génial mais ça demande du temps ! »

La ptite nouveauté ? Le cardigan en laine bouillie l’alternative au gilet tricoté, qui nécessite un temps de réalisation considérable. Et un coût tout aussi conséquent pour le consommateur !

Vous avez encore un mois pour passer de l’autre côté de la machine

Pétronille occupe en ce moment le local de l’Auberge espagnole, dont je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises. Associée à LARCH pour l’occasion, c’est sous le nom d’Ethic Lab qu’elle vous accueille avec des ateliers, des expos,…jusque fin mars. La cerise sur le gâteau ? Les ateliers qui sont proposés ! Il est possible de venir faire son propre sweat et de repartir avec après quelques heures de travail. Une manière de sensibiliser au temps et travail requis pour réaliser une pièce, et donc au prix du produit fini. Prenez votre garde-robe en main et foncez voir les prochaines dates !

Bénédicte van Egeren

Le vrai made in Belgium dans la mode n’est pas mort, Natacha Cadonici nous l’explique!

Si on faisait un petit tour dans la mode féminine belge, mais loin du renouvellement chronophage des collections et nouveaux modèles qu’on n’a pas le temps de porter, avec une marque bruxelloise et sa patte reconnaissable entre mille. Une rencontre pleine de peps avec Natacha Cadonici.

Le hasard fait bien les choses

Bien qu’on puisse le penser, Natacha n’a pas évolué dans le monde du stylisme dès les prémices de sa carrière. Après des études plutôt littéraires, ce n’est que quelques années plus tard qu’elle se lance dans des cours du soir avec un seul objectif, apprendre à coudre et maîtriser la technique. C’est en s’appuyant sur cette dernière qu’elle atteint la créativité qui lui permet de faire naître ses idées et développer de nouveaux modèles.

En 2006, la voici officiellement styliste. Dans un premier temps, elle réalise surtout sa propre garde-robe en se cherchant encore un peu. Rapidement, elle a pu exposer ses réalisations et commencer à se faire connaître via quelques points de vente. La voilà donc lancée comme styliste en confectionnant sa collection entièrement seule dans son petit atelier bruxellois.

Que l’aventure commence

C’est Rue van Artevelde, à quelques pas de la rue Antoine Dansaert, qu’elle se lance en ouvrant son propre atelier-boutique. Elle y installe son coin couture et produit donc ses pièces sur place. Si à ses débuts, elle déléguait une infime partie de sa production à un atelier bruxellois. A l’heure actuelle, cette partie est devenue plus importante, elle ne coud presque plus, mais la confection reste belle et bien bruxelloise, pas question de l’exporter.

Elle passe petit à petit des pièces uniques, sur-mesure à la confection d’une collection, de plusieurs pièces mais surtout à une nouvelle façon de travailler. Diviser son temps entre la création, la production et la vente.

Féminine, élégante mais surtout portable et confortable

Ce sont les mots qui décrivent ses pièces. En travaillant des matières faciles à entretenir et agréables à porter, elle en fait une mode de tous les jours qui allie style, unicité et quotidien. Ses hauts se trouvent à la croisée du t-shirt et du chemisier. Ils ont la particularité d’être réversible, l’encolure se portant devant ou derrière en fonction de son humeur. Ses créations sont un heureux mélange de jersey, de couleurs et de « bords côtes* » uniques. Ces derniers sont sa marque de fabrique et on les reconnait facilement.

Objectif accompli donc pour Natacha qui voulait : « faire un vêtement qui rende la femme belle, féminine et qui soit confortable tout en se démarquant ».

Les textures, les bords côtes et les couleurs

Si elle ne s’encombre pas de nouveaux patrons tous les six mois, Natacha joue sur les couleurs et les finitions de ses modèles « basiques ». Sa signature réside sans aucun doute dans les détails des bords côtes qu’elles exploitent sous toutes ses coutures. Couleurs, largeurs, formes,…toutes les combinaisons possibles et donnent naissance à des modèles uniques à chaque saison.

Mais la partie la plus difficile, pour elle, c’est de se fournir. Le grand obstacle des « petits » créateurs ce sont les quantités car le minimum exigé par commande est énorme. Tous ses tissus proviennent d’Europe, principalement d’Italie, d’Autriche et du Portugal.

Ses bords sont faits sur mesure, dans une petite entreprise familiale en France, selon ses besoins et ses nouvelles idées de création.

 « Ce n’est pas parce qu’on fait le métier qu’on aime qu’on ne gagne rien ! » 

C’est le message que Natacha lance. Et oui,  il y a moyen de s’en sortir, tout en se fournissant et en produisant localement. Pour un bon produit, ça demande beaucoup de gestion, d’organisation de plusieurs aspects dans un temps imparti et un nombre de choix que ce soit celui des produits mais aussi des choix plus stratégiques (de marketing, de localisation,…).

« Tous les créateurs ne sont pas pauvres. En faisant des petites collections, il y a moyen de gagner confortablement sa vie. Le succès tient aussi à la personnalité et à ce que tu proposes. »

Mais surtout, ne pas négliger l’importance de bien s’entourer. Que ce soit l’atelier, les producteurs de tissus, la stratégie marketing ou la réalisation du site web… tous ces acteurs s’intègrent et jouent un rôle considérable pour une marque, son développement et sa pérennisation.

Pas de collection à des rythmes insoutenables

Mais des nouveautés quand même. Au niveau de ses pièces, elle cherche à intégrer des variations dans les tissus tels que la maille tricotée , l’intégration de jeux de mot dans le vêtement, des collaborations pour des créations textiles avec un photographe, des recherches de nouveaux volumes avec la technique du drapé apprise auprès de LA spécialiste européenne, des collaborations pour de l’impression textile en 3D ou encore des accessoires qui complètent son univers, les bijoux d’Aurore Havenne ou encore la maroquinerie de Michael Guerisse O’Leary.

Sans oublier une vitrine et une com au top, résultats d’une recherche constante d’amélioration.

Petit coup de mou

Après 5 ans dans son atelier-boutique, elle ressent une lassitude amplifiée par ce travail en huis-clos. Il est temps d’opérer un changement. Pas loin de tout faire basculer, il y a plus d’un an, c’est le passage d’une stagiaire en com qui l’a reboostée en lui mettant le pied à l’étrier dans un univers qu’elle ne maîtrisait pas tout à fait en réalisant des vidéos, des romans photos et en intensifiant sa présence sur les réseaux sociaux. Sa clientèle la félicite et elle savoure ce changement né d’une belle rencontre qui marquera son univers professionnel.

Peu de temps après, pour remédier à l’essoufflement dont elle souffrait et au manque de passage, Natacha a décidé de changer d’endroit, de seulement quelques rues. Mais c’est là qu’elle se rend compte que la localisation n’est pas anodine et qu’elle joue un rôle très important dans la réussite d’une marque. Vous pouvez la retrouver entre la rue du Midi et de la place Fontainas.

Bénédicte van Egeren

*Bande de tricot extensible terminant les bords de certains vêtements

Le KOTTON dans tous ses états

De la déco et des accessoires mais surtout des motifs uniques et beaucoup de coton. Le tout entièrement réalisé à la main à Bruxelles et personnalisable à souhait. C’est ce que propose Séverine, à la tête de la jeune marque KOTTON.

Le graphisme comme fil rouge

Graphiste de formation, bloquée devant un ordi toute la journée, Séverine avait envie de revenir au manuel. Se replonger dans l’atmosphère de l’atelier et de l’encre fraîche. Pour ce faire, elle reprend des études de sérigraphie. Elle est instantanément attirée par le tissu, son côté souple, fluide mais à ce moment-là, elle ne sait pas trop quoi en faire. C’est quand vient le temps de passer devant le jury qu’elle se jette à l’eau et confectionne quelques trousses. S’en suivent rapidement les commandes pour les proches, et pourquoi pas un premier marché de créateurs!

Les débuts de Kotton

Pour assouvir son envie de créer quelque chose de plus personnel, elle se lance un premier challenge, un marché. Sauf qu’à ce moment-là, elle n’a ni nom, ni visibilité sur le web. Débute donc une course contre la montre pour créer une identité visuelle mais aussi préparer ses créations. Le nom choisit fait tout naturellement référence à la matière utilisée. Mais pourquoi le K ? Ça c’est plutôt une raison graphique ! C’était il y a tout juste un an.

La marque de fabrique de Kotton

La particularité de KOTTON, c’est que Séverine réalise toutes ses sérigraphies elle-même. En plus de laisser cours à sa créativité, cette méthode permet aussi de gérer ses quantités, de créer tous ses motifs et de varier les couleurs d’impression. Tous ces tissus sont blancs à la base, seule la texture varie. Opère ensuite la magie issue de son imagination.

Petit tour au labo pour ce 100% handmade

C’est au labo de l’académie qu’elle se rend pour faire ses impressions manuelles. Mais avant cela, un travail préparatoire conséquent est nécessaire. Créer les motifs sur ordi, préparer les tissus, les laver, les repasser…Une fois au labo, là aussi un temps de préparation est nécessaire. Etendre les tissus sur le cadre, réfléchir à optimiser le tissu, préparer les encres. Ces dernières sont toutes à base d’eau et Séverine crée elle-même ses couleurs à partir des quatre couleurs de base. Enfin, un temps de séchage est nécessaire pour que la couleur se fixe correctement. A l’issue d’une session de deux à quatre heures, elle aura réalisé entre cinq et dix pièces…

A ce stade, il lui reste encore tout ce qui est assemblage. Elle a dû apprendre à coudre car c’était un terrain tout a fait nouveau pour elle. Kotton c’est donc du 100% handmade. Ce n’est donc pas démérité l’obtention du Label artisan, qui permet de valoriser la technique utilisée pour réaliser toutes ses créations !

Déco, accessoires, femmes et bientôt hommes 

Côté déco, on retrouve des housses de coussins et des petits paniers mutli-usage. Un des accessoires phares pour les femmes, c’est la pochette en tissu et simili cuir. Astuce supplémentaire de KOTTON, tout est réversible, on les retourne au gré de nos humeurs. Les tissus sont 100% coton. Chaque produit à son tissu pour permettre de varier l’épaisseur et la trame.

Pour tous, des sacs cabas sont également dispo, qu’elle réalise entièrement à partir de métrage de tissu neutre. Elle compose son modèle, le sérigraphie et y ajoute les finitions, telle qu’une pression pour le fermer…pas de doute, tout est vraiment fait main ici !

Bénédicte van Egeren

Démonstration de style en compagnie d’Odile Gaston

@Nathalie Gabay

C’est par ses écharpes en mohair toutes douces que j’ai découvert Odile Gaston qui ne s’est pas arrêtée en si bon chemin. S’en est suivi un autre produit phare qui permet à cette jeune marque et sa créatrice de se distinguer sur le marché de la mode. Catherine Dardenne, c’est une véritable boule d’énergie qui a su construire pas à pas son propre label non sans obstacle.

Au four et au moulin

@Nathalie Gabay

Pas de doute, Catherine, la mode elle l’a dans le sang. Vendeuse depuis ses 15 ans, gérante de sa propre boutique depuis ses 17 ans, c’est tout naturellement et surtout en parfaite autodidacte qu’elle a évolué jusqu’à créer sa propre marque Odile Gaston. Sans oublier la dizaine d’années passées comme directrice artistique chez Mer du Nord où elle traquait les dernières tendances.

Pour sa marque, elle est la seule à bord. Sa particularité, l’absence d’études dans le secteur de la mode mais surtout l’absence de dessin pour réaliser ses vêtements. Son truc à elle, c’est de créer ses prototypes grandeur nature directement dans la matière. Un bout de tissu, une paire de ciseaux et la voilà partie pour réaliser une nouvelle pièce.

Depuis peu,  sa fille, Emilie, l’a rejoint dans l’aventure et l’épaule à la fois dans la gestion des réseaux sociaux, la boutique mais aussi comme ambassadrice de ses créations.

Odile Gaston

Les deux prénoms de ses grands-parents représentent maintenant fièrement sa marque. Lancée en 2013, sous forme de collections capsules, elle se caractérise par une dose de style et de féminité à porter en toute légèreté au quotidien.

@ Nathalie Gabay

De la collection entière au mono produit

Si ses débuts furent caractérisés par des collections complètes, un changement de stratégie s’est opéré après deux ans. La lourdeur des collections associées aux problèmes rencontrés avec les revendeurs ont amené Catherine à se focaliser sur un mono-produit. C’est de là que sont nées les écharpes reconnaissables entre toutes.

@Edouard Janssens

Toujours en quête d’un produit fort pour maintenir sa marque, la salopette emblématique a fait son apparition et fait office de signature. Elle se distingue par son style, sa coupe et ses imprimés mais c’est surtout une pièce qui ne court pas les rues. La salopette, en version slim ou large, se porte à tout âge et offre des jeux de styles rythmés par une variété de tissus, évoluant au fil des saisons.

Et au niveau confection ?

Ayant baigné dans le milieu, Catherine a eu l’opportunité d’arpenter plus d’un atelier de confection lors de ses expériences professionnelles. Son choix s’est finalement porté sur un atelier familial situé au Portugal. Et la diversité des tissus utilisés pour rythmer les saisons provient du même endroit !

@Nathalie Gabay

Un petit mot sur sa boutique

De tout temps localisée à Wavre, elle l’a récemment déménagée à Lasne, en s’octroyant un mini break entre les deux. Pimprenelle Concept Store propose les collections Odile Gaston mais également une belle sélection d’intemporels en grande majorité danois. Vous l’aurez compris, si vous voulez découvrir ses derniers trésors, il va falloir aller jusqu’à elle car Odile Gaston ne se revend plus ailleurs, en tout cas pas pour les vêtements.

Bénédicte van Egeren

FACON JACMIN, du denim et rien d’autre

Un dressing féminin entièrement conçu en denim, c’est le pari de la jeune marque FAÇON JACMIN. Mais l’originalité du concept ne s’arrête pas là. Pour être proche de leurs clientes, les deux sœurs à la tête du projet ont choisi de développer leur marché en privilégiant la vente directe avec une façon bien à elles. Mais qui se cache derrière FAÇON JACMIN ?

Un duo que tout oppose mais qui se complète à merveille

A la base, deux sœurs, jumelles, aux caractères et parcours bien distincts. Ségolène plutôt entreprenante et Alexandra plutôt créative. Si sur papier cela paraît évident, le chemin menant à un projet commun à pris son temps. Elles ont évolué chacune de leur côté, Ségolène a étudié en Flandres, et est ingénieure civile de formation. Alexandra s’est formée au stylisme à Bruxelles puis s’est envolée pour Paris, se faire la main auprès de la Maison Martin Margiela et Jean-Paul Gautier.

L’impulsion vient de Ségolène. C’est dans son rôle de consultante/ coach de jeunes entrepreneurs que le déclic est apparu comme une évidence. Devenir à son tour entrepreneure. Depuis ce jour, elle cherchait son corps business tout en essayant d’y entraîner sa sœur. Car la complémentarité de leurs profils, elle l’avait décelée. Le don artistique de sa sœur pouvait faire des ravages. Il ne restait donc qu’à la convaincre.

Elle a dû s’y prendre à plusieurs reprises mais c’est lors de Noël 2014, quand Alexandra a débarqué avec des dessins, qu’elles se sont lancé le défi de monter quelque chose pour « dans un an et demi ».

Elles allaient devoir apprendre à bosser ensemble, elles qui n’avaient jamais vécu dans la même ville. Les rôles se sont vite répartis de manière assez naturelle. FAÇON JACMIN a vu le jour en mai 2016. Pari tenu donc pour les jumelles.

Le denim dans tous ses états

N’ayant jamais travaillé la matière, il fallait l’apprivoiser et surtout voir si tout ce qu’elles avaient dessiné et pensé donnaient les résultats escomptés. En termes de style, de qualité et de faisabilité. C’est grâce à une bourse de pré-activité qu’elles ont pu lancer les commandes et les premières productions.

Au niveau production, Alexandra dessine et fait les patrons. Une modéliste a comme tâche de faire le lien entre le dessin et ce qui sortira de l’usine. Elle doit traduire le dessin pour que la réalisation colle à 100%. Tout part ensuite en Bulgarie où est réalisé un premier prototype. Vient ensuite l’essayage et l’adaptation ici avant de lancer la production.

Tous les denims sont des indigo naturels. Ils vivent au fur et à mesure des lavages, ils ne sont absolument pas délavés à l’achat. Si la base est toujours le denim, il n’est pas exclu que des finitions viennent sophistiquer la pièce. Telle que le Blazer en denim qui arbore un revers en soie, tissée à la main au Cambodge par une ONG. Tout le denim vient du Japon car apparemment ce sont les champions. Mais pourquoi ? Car les Japonais auraient récupéré toutes les anciennes machines des States qui tissent d’une façon plus dense.

Intemporel, élégant, féminin et confortable

Intemporel de par la matière et les modèles. Les pièces s’adaptent à une large panoplie de silhouettes puisque les jeans sont dotés d’élastiques à la taille et que le trench et la robe tablier se ferment via une ceinture nouée…Vive le denim flexible!

De par les coupes, les finitions et le travail des matières, les pièces restent très féminines, élégantes et confortables, pour un usage quotidien.

Les collections ne suivent pas spécialement le rythme des saisons. Elles sortent régulièrement par capsule pour permettre de maintenir un univers dans les shootings et une certaine efficacité de production.

On the road, la boutique à quatre roues

L’objectif de FAÇON JACMIN est de pratiquer la vente directe. Que ce soit online, en pop-up, l’idée est de vendre en gardant sa liberté. Et pour ça, elles ont pensé à un moyen plutôt original. Une camionnette, réaménagée pour l’occasion, qui se déplace à la rencontre de ses clientes.

Le printemps va être Denim : entre pop-up chez Natan et magasin mobile

FAÇON JACMIN vient de remporter le prix « c’est du belge » 2016. Elle s’offre donc une expérience d’un mois dans un pop-up temporaire au sein de l’enseigne Belge incontournable : la Maison Natan. La collection sera donc disponible dans ce lieu emblématique du 21/03 au 22/04, rue de Namur 78 à 1000 Bxl, aux côtés de trois autres lauréats belges du concours. De belles découvertes en perspective.

Avec l’arrivée des beaux jours, la camio reprend sa route. Elle stationne à Anvers (deux samedi par mois) et à Bruxelles, sur la place Sainte Catherine (deux dimanches par mois). Le premier RDV bruxellois de la saison est ce dimanche 19/03.

Bénédicte van Egeren

Un shopping de seconde main pas comme les autres @WearPool

Donner une seconde vie, tout en menant un combat écologique et humain. Une nouvelle initiative bruxelloise dans le secteur de la seconde main, un peu différente de d’habitude. Le pari de Pool, Wearpool, et de Marine est d’ôter cette image sale et poussiéreuse tout en se démarquant de la seconde main classique. Et plus spécifiquement, en affranchissant chaque pièce de la subjectivité véhiculée. Comment s’y prend-elle ? 

Qui se cache derrière le concept de Pool ?

Marine de Waziers est la porteuse de ce beau projet. Elle a débuté sa carrière dans le marketing entre Paris et Londres. De retour en Belgique en 2010, elle fonde en duo avec sa sœur un atelier/boutique de robes de mariée à Ixelles. Il y  a deux ans, elles ont mis fin à l’aventure. Le moment pour elle de ralentir le rythme, et de choisir le combat auquel elle joindra ses forces. Une partie de son temps est dédié à la recherche via Rank a Brand. L’autre partie à sa nouvelle idée: Pool.

Parcourant elle-même beaucoup de vide dressing et de brocantes, elle est partie du constat que finalement, elle n’achetait que très peu lors de ces ventes de seconde main. Mais pourquoi ? En y réfléchissant, c’est le côté « appartenance » des vêtements qui la gêne.

La solution ? Effacer toute l’histoire du vêtement

Pour ce faire, Marine ôte les étiquettes informatives d’origine, de 3km de long qui grattent, mais également celle de la marque. Pas de panique, elle ne laisse pas le vêtement tout nu. Elle y appose à la place un marquage « neutre ». Taille, composition, provenance, entretien, tout s’y trouve en version reformatée. La seule chose qui manque c’est la marque. Mais quel est le but de cette démarche ? Que les pièces soient présentées, et uniformisées, comme des pièces neuves. L’idée ici est de rendre l’expérience d’un shopping « neuf ».

Mais ce n’est pas tout, la réflexion de Marine sur l’achat de seconde main veut bousculer l’acte subjectif lié à une marque. Elle s’attaque au côté marketing, et au fait de vendre du rêve via l’identification à une marque. L’idée est donc de neutraliser les préjugés sur les marques. Une marque chère n’est pas gage de meilleure qualité. Depuis son expérience dans son atelier/boutique, Marine est, par exemple, très attentive aux coutures. Pour elle, ce n’est pas une marque qui change, c’est le travail derrière chaque pièce, les coutures sont un bon indicateur. Son expérience l’a amenée à distinguer certains détails pour permettre un travail de retouche plus ou moins facile, et donc déterminant dans le budget d’une robe de mariée. Une couture « pour faire joli » peut amener un démontage intégral pour une retouche d’un cm. Conclusion, on se retrouve avec des prix qui s’envolent. C’est en étudiant les prix et les heures prestées, et en se posant à côté d’une couturière qu’elle a pu se rendre compte de tout l’envers de la conception et vraiment comprendre où se situaient les coûts. Et la façon d’optimaliser la réalisation.

Avec Pool, elle veut remettre les pendules à zéro. Car acheter des pièces en seconde main n’est pas toujours gage d’achat malin. Ce sont parfois les pires achats car on se cantonne dans la recherche d’une marque en se focalisant sur le gain financier, le prestige ou toute autre signification. Résultat, on embarque une pièce même si ce n’est pas la bonne taille mais que c’est « hyper avantageux et que c’est de la marque ». Parfois, la taille est bonne mais on n’aurait pas acheté la couleur, la matière, la coupe mais sous prétexte de « bonne affaire », on la ramène. Et finalement, ces pièces ne seront quasi jamais mises car dès le départ elles ne collent pas mais la marque a été le levier dans la décision d’acheter…

Jeu de chaise musicale

Marine achète ses stocks par lot, et débarrasse les intéressées de toutes leurs fringues mises au rebut d’un coup. Et oui, caractéristique propre à Pool, Marine prend tout. Elle ne fait aucune sélection sur les marques et ne se cantonne pas à un style particulier. Certaines pièces ne seront peut-être pas vendues mais elle offre un prix et débarrasse la cliente de ses invendus. Par expérience, qui n’est jamais partie en brocante ou en vide dressing et revenue avec un, ou plusieurs sacs, sur les bras ? Car on ne vend jamais tout d’un coup. Reste donc a décidé que faire en fonction du résultat : refaire une vente, changer de lieu de vente ou encore donner ou recycler. Marine vous simplifie la vie et prend tout. Et ses invendus ou ceux qui ne seront peut-être jamais en vente ?

Pour Marine, le recyclage n’est pas une solution. Le tout n’est pas de recycler ses pièces car en amont, il y a quand même la déforestation et les besoins de ressources pour produire toutes ces matières différentes. Et en fin de parcours, on sort notre sac mais on n’a pas le nez sur nos déchets et sur le fait qu’ils ne seront pas entièrement recyclés. On est, en général, pas assez informé sur les matières et leurs conséquences sur la planète, comme le coton et le viscose. Avec Pool, elle se lance dans un combat sur le fait de consommer autrement, d’informer les gens sur les conséquences. C’est sûr qu’on ne sait pas gagner sur tous les plans mais des initiatives, et une meilleure façon de consommer, peuvent soulager la nature et l’homme.

Lifting time: en quoi consiste son apport?

Tout d’abord chaque lot est soigneusement lavé ou emmené au pressing. Ensuite, si nécessaire, elle répare une couture qui a lâché ou un bouton perdu. Afin de laisser une trace de son passage et montrer les retouches, tous ses petits gestes sont réalisés dans une couleur différente. Premièrement, pour un bouton, rare sont les probabilités de retrouver le même, ou que la cliente l’ai laissé attacher à l’étiquette. Et surtout son but n’est pas de cacher ce qu’elle a modifié. Marine coupe donc toutes les étiquettes dès qu’elle rachète les pièces à ses clientes. Et y appose les siennes. On retrouve donc quatre icônes, une pour la taille, une pour la provenance, une pour la compo et une pour les infos d’entretien.

Enlever les étiquettes peut en choquer certains et/ou perturber l’acte d’achat mais c’est bien de ça qu’il est question. Son but est d’offrir une autre solution. Une pièce « nice to have », que les gens trouvent non pour la marque mais parce que cela leur plait vraiment. Une pièce affranchie de toute subjectivité ou préjugé, conscient ou inconscient.

A vos agendas si vous voulez tenter l’expérience

Où, quand, comment ? Pour l’instant, elle a déjà fait deux ventes, en mode pop up store. Le principe: investir un lieu l’espace de quelques jours. La troisième a lieu du 20 au 24 février au Corner 41, dans le quartier du châtelain. Toutes les ventes sont diffusées via la page Facebook. Le compte instagram se veut plus informatif sur le milieu de la mode, de la consommation, des matières, …

Bénédicte van Egeren

 

Une paire de lunettes où seule l’imagination est la limite, le pari réussi de Ludovic

Dans les années 80, il y avait encore pas mal de lunetiers. Maintenant, Ludovic est le seul en Belgique. Pour notre plus grand bonheur ! Depuis un an, je trépigne de curiosité. C’est chose faite, j’ai enfin rencontré Ludovic dans son atelier-boutique-salon, située au sablon. Avec un peu plus d’un an d’activité et déjà plus d’une centaine de paires créées, l’avenir de ce métier d’antan a plutôt bonne mine. Rencontre!

ludovic-2016-color-1164

Pourquoi, pourquoi, pourquoi, en Belgique, il n’y a aucun lunetier ?

Ludovic est opticien-optimétriste de formation. ludovic-all-color-8261Il a travaillé chez Hoet, à Dansaert. Mais il ne pouvait s’empêcher de s’interroger sur la disparition des lunetiers en Belgique. Pourquoi, il n’y en a plus ? Est-ce si compliqué? Avec cette question en tête, Ludovic est parti en quête d’une formation de lunetier. Il s’est d’abord rendu une semaine dans le Jura, car il n’y en a plus non plus en Belgique. Verdict ? L’expérience fut concluante, « ce n’est pas facile mais c’est faisable ». Il y est retourné plusieurs fois pour suivre des modules d’une semaine afin de se former aux techniques de la lunetterie.

A l’heure où la technologie permet de faire des miracles, tels que des impressions d’objets (y compris des lunettes), Ludovic a décidé de prendre le chemin inverse. Il veut faire un pas en arrière et revenir aux techniques d’avant, à la maîtrise manuelle de la conception. Et il a débuté avec le strict minimum, le set d’outils qui lui a servi lors de sa formation.

Des lunettes sur mesure, pour qui pour quoi ?

Tout d’abord, pour le confort ! On est tous différents, nul corps n’est parfait. Chacun a son lot d’asymétrie, plus ou moins gênante. L’idée de la monture unique répond à un visage qui l’est tout autant. Le cas des lunettes posées légèrement de travers car votre nez n’est pas droit n’est pas rare. L’objectif ici est d’en faire une deuxième peau. Du coup se côtoient les désespérés en quête de solutions. Ludovic a déjà comblé des personnes aux profils forts différents. Une personne qui avait une tête trop large et qui était toujours comprimée dans ses branches. Une qui devait se fournir au rayon enfant car son visage était très étroit. Enfin, le challenge de concevoir une paire pour quelqu’un qui n’avait qu’une oreille, et de la faire tenir à l’aide d’une béquille. Bref, du sens il y en a !

Mais le sur mesure séduit aussi les curieux, les collectionneurs de belles matières, les avides d’originalité,… Parfois il a le champ libre, parfois il a une demande avec une condition précise. Pour mieux comprendre l’infinité des possibilités, il faut s’intéresser à tous les jeux possibles. Que ce soit sur la forme de la monture, sur l’épaisseur (des couches peuvent se superposer pour obtenir une monture plus ou moins fine ou une nuance de tons), sur la forme des branches, sur l’asymétrie, sur le dessin dans la monture, sur les couleurs,…. Quoi qu’il en soit, deux rendez-vous clients ne se ressemblent jamais.

La clientèle est locale, nationale ou internationale. Les clients n’hésitent pas à se déplacer. Ils viennent parfois de loin au détour d’un voyage. Mais ils devront refaire halte à Bruxelles pour récupérer leur monture car Ludovic ne laisse aucune création s’échapper sans un dernier essai en live pour s’assurer que tout soit parfait. Ludovic est patient et garde la monture le temps qu’il faut pour que le client repasse par Bruxelles. Dans l’atelier, il y a un mur composé de boîtes en attente de leur propriétaire.

Quelles sont les étapes de la confection d’une paire sur mesure ?

Lors du premier rendez-vous, vous serez invité à prendre un café, papoter et faire connaissance dans le salon à l’étage (qui à l’occasion peut accueillir des ventes de créateurs). Vous définissez vos attentes, décrivez votre style, choisissez votre matériau, essayez quelques paires «ready to wear», de créateurs indépendants triés sur le volet. Ensuite, toutes les mesures sont prises ainsi qu’une photo de votre visage, qui sera utilisée en grandeur nature par la suite pour permettre le dessin de lunettes à taille réelle. Ca y est, vous êtes libre, maintenant c’est Vinciane, sa femme, qui va s’occuper de dessiner plusieurs paires à l’ordinateur et les imprimer à taille réelle afin que deux semaines plus tard vous puissiez « essayer » et choisir VOTRE paire. Vous aurez le choix entre 5-6-7-8 modèles. C’est une monture, sans branche, qui se présente sous forme d’un papier transparent qui fait office de verres. On sait dès lors les poser sur son nez pour s’imaginer le rendu. Là, il ne reste plus qu’à choisir. Et si aucun modèle ne vous convient dans les propositions dessinées, pas de problème, il suffit de redéfinir les attentes et c’est reparti pour un tour.

ludovic-2016-color-1062

La réalisation de la monture prend environ une cinquantaine d’heures. Patience donc! Pour le moment, les délais sont de trois mois d’attente. Vous les recevrez dans un superbe étui en cuir, réalisé par Niyona, un maroquinier bruxellois.

Un petit tour dans l’atelier et présentation des matériaux nobles

L’atelier s’est peu à peu accessoirisé. Pour débuter, quelques outils de base, utilisés lors de la formation suffisent. Peu à peu l’atelier s’est meublé. La quantité d’équipements de l’atelier est plutôt impressionnante. D’une part tout ce qui est dédié à la fabrication artisanale de la monture et d’autre part, tous les outils d’un opticien.

Ses matières premières sont toutes naturelles et sont au nombre de trois. L’acétate de cellulose, mélange de fibre de coton et de plastifiant, qui permet une gamme de couleurs énorme. La corne de buffle qui a la particularité de ne jamais être unie, provient directement du Vietnam ou encore de Madagascar (elle provient d’animaux déjà tués pour une autre raison). Enfin, le bois. Ludovic en a déniché un lot vieux de 100 ans qui a aussi sa petite histoire. Il l’a acheté à un Gantois qui mettait un terme à ses activités, qui l’avait repris d’un Liégeois, qui l’avait trouvé chez un Parisien. Bref, un bois voyageur qui offre des couleurs et des textures super originales, du tulipier à l’amarante en passant par le poirier ou encore le bois de rose. Une palette bien fournie qui n’attend que les idées les plus folles pour superposer les couches et donner naissance à une monture unique!

Les matériaux arrivent souvent à l’état brut à l’atelier. Le bois est sous forme de grandes planches très fines, on dirait une écorce. L’acétate arrive par plaque de grandeurs diverses. La corne arrive sous forme de plaque. Tantôt brute, tantôt polie.

ludovic-2016-color-0628           ludovic-2016-color-0637

L’équipe s’agrandit et passe de un à trois voire quatre

En octobre 2015, il s’est lancé en solo avec son set d’outils de base. Au cours de l’année, il a été épaulé par Dorian, stagiaire en dernière année. En septembre, ce dernier a intégré l’atelier car le carnet de commandes explosait. Maintenant, ils ne sont pas deux mais trois. Sa femme a quitté son boulot pour venir apporter son support et s’occupe essentiellement des dessins et de la communication.

Pour la petite histoire, le choix du lieu a changé en dernière minute et il a signé pour l’emplacement au sablon le jour de la naissance de son ptit bout. Ne vous vous étonnez pas si vous le voyez apparaître, c’est son terrain de jeu et c’est d’ailleurs pour ça qu’il n’y a aucune paire de lunettes qui traîne en vitrine.

ludovic-2016-color-1145

Quel beau chemin parcouru en à peine un an

Finalement, il est parti de «pas grand-chose» en termes d’investissement. Il s’est appuyé sur sa brillante idée associée à un bon « capital social ». Il a récemment été reconnu pour sa qualité d’artisan et gagné plusieurs prix cette année, dont le prix du jury pour la vitrine de l’artisan 2016. D’ailleurs, une de ses paires de lunettes se balade à Tokyo dans le cadre d’une expo. Elle a été créée en collaboration avec une styliste de La Cambre. Longue vie à ce joli travail!

Pour assouvir votre curiosité, n’hésitez pas à faire un tour sur son compte instagram qui illustre superbement son travail. Et en live, c’est Rue Ernest Allard 14, 1000 Bruxelles, que ça se passe.

Bénédicte van Egeren