Une adresse, deux superwomen, trois mois. Et plus si affinité…

Chou’Ket, c’est l’histoire de deux entrepreneuses qui unissent leurs forces pour prendre un bain de foule. Et qui embarquent avec elles pas moins de 40 créatrices. Résultat, un concept store axé sur la petite enfance qui a installé ses quartiers dans le pop-up « l’auberge espagnole » pour une durée de trois mois. Un test grandeur nature qui leur permettra, on leur souhaite, une installation dans un nouveau lieu au terme de cette belle aventure.

Tatamy plus areuh égal Chou’Ket

Derrière Tatamy, on retrouve les doigts de fée de My. Diplômée en stylisme modélisme, elle a travaillé pendant une quinzaine d’annéeS en tant que styliste pour de grandes maisons belges. En 2014, elle crée Tatamy et son produit phare, les gigoteuses. Elle agrandit sa gamme avec des accessoires mais surtout les fameux tipis, présents dans toute bonne vitrine de magasin pour enfant. C’est lors de son parcours en coopérative d’activités qu’elle rencontre Marie-Gabrielle, diplômée en art plastique – graphisme. Pendant une dizaine d’années, Marie a travaillé comme graphiste – web designer avant de lancer sa marque, Areuh. Elle propose des faire-part, boîteS de dragée, bavoirs et accessoires, qu’elle assortit au gré de vos envies.

De leur rencontre, naquit d’abord une collaboration sous le signe de l’échange, l’entraide et la motivation pour faire avancer leurs marques respectives. Car faire sa place en tant que créatrice au milieu des requins bien installés, c’est pas évident. A force de réflexions, elles se sont également rendu compte que les concepts stores, en général, axent leurs offres de produits sur le made in Belgium, le local, l’artisanal,…Mais qu’au final, aucun lieu ne rassemble sous un même toit des gammes de créateurs made in Europe dans le domaine de l’enfance.

Bruxellois, jusqu’au nom

Vous voyez le rapport entre Tatamy, Areuh et Chou’ket ? Moi, non ! Je suis sûre qu’il y a une jolie explication là derrière ! Et en effet, c’est My qui la conte…

« En allant chez Marie-Gabrielle pour notre réunion quotidienne du projet, je me retrouve au feu rouge de la place Dailly avec comme vision la foire qui s’était installée. Witte Madameke était prête à servir ses croustillons, et moi je raffole des croustillons. Puis je trouvais le mot « croustillons » mignon, et en parlant avec MG, on est tombé sur chouquette qui est un peu l’équivalent du croustillons… Et comme tout bonne bruxelloise, on voulait mettre le Ket en avant. Chou’Ket… pour nos petits choux, et pour nos ptit Ket’ »

Maintenant qu’on a le nom, penchons-nous sur le lieu!

Peut-être connaissez-vous déjà le pop-up de « l’auberge espagnole » ? Cet espace détenu par Atrium et qui depuis un an accueille des candidats commerçants pour une durée de trois mois. Via ce concept, ils peuvent tester leur projet dans cet espace situé dans une rue piétonne qui donne sur la place Jourdan. Tour à tour ces produits made in Europe sont à découvrir dans ce bel espace remodelé trimestriellement.

Et à l’intérieur, que se trame-t-il ?

Pour meubler cet espace, elles se sont bien entourées. En plus de leurs propres collections, elles ont invité pas moins de 40 créatrices pour offrir une offre la plus hétéroclite possible. On y trouve, entre autres, des vêtements, des accessoires, du mobilier et des cosmétiques destinés aux (futurs) parents.

Une des raisons d’être de Chou’Ket, c’est aussi d’amener la production locale au consommateur et d’expliquer qu’on peut consommer autrement, et mieux. Elles ont mis un point d’honneur à respecter une certaine ligne de conduite à savoir des productions locales (belges ou made in Europe), de type artisanale, avec des matériaux issus du commerce équitable ou de la récup. Mais aussi une cohérence et une offre la plus complète possible. Ne vous étonnez donc pas si par exemple vous ne trouvez qu’une partie de la collection d’un créateur. C’est fait exprès ! Pourquoi ? Très simple, pour lisser l’offre au maximum. Exemple, si dans une collection on retrouve des vêtements, des bavoirs et des doudous et que dans une autre on a une spécialisation en bavoirs. La première marque se verra sélectionnée pour ses vêtements tandis que la suivante complètera l’offre avec ses bavoirs. Chou’Ket a pensé à tout, rien n’est fait au hasard. Tout ça pour garantir une belle représentativité et ne pas crouler sous le mêmes type de pièces !

Plus qu’un magasin, un lieu de rencontres et d’échanges

Toute une gamme d’ateliers est également proposée. Qu’ils soient créatifs, cosmétiques ou encore axé bien-être. Il y en a pour tous les goûts, et tous les âges, pré-post natal, ou encore kids friendly. Ils sont donnés par différentes professionnelles, invitées pour l’occasion. Bref, de quoi s’essayer à de nouvelles expériences ou de s’initier à des domaines inconnus. Un atelier crochet, ça vous tente? Avouez que les fruits en crochet, c’est plus sexy que la version plastique !

Bref, Chou’Ket  ça respire le vrai, le beau, l’unique

N’hésitez pas à leur rendre une petite visite par curiosité, pour faire plaisir ou se faire plaisir ou encore pour participer à un des nombreux ateliers organisés. Ça se passe chaussée de Wavre, 331 à  Bruxelles.

Bénédicte van Egeren

Du Moyen-Âge à la 3D, la lingerie revisitée par Marie Van gils

A l’occasion de divers événements, j’ai pu admirer le travail de Marie. Pas si courant comme spécialisation, la lingerie. Lors des DS Brussels Fashion Days, elle présentait le prototype de sa dernière idée futuriste. Un indice: tout se passe en 3D et le résultat est plutôt bluffant! Par ici….

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La mode et la création, oui mais le vêtement, non!

Pas de doute pour Marie, c’est le stylisme qu’elle allait étudier. Mais par contre une chose est sûre, les vêtements ça ne la passionne pas du tout. Qu’a-t-elle donc derrière la tête? La lingerie! Mais les spécialisations ça ne court pas les rues. Elle entreprend une première formation d’un an à Roubaix. Elle la complétera d’un cycle plus long en Flandres mais dont elle n’a pas bénéficié de la troisième et dernière année faute de participants!

A la fin de sa première spécialisation, Marie a dessiné, sérigraphié et produit quelques pièces au moment de la dernière coupe du monde (2014). 3ememi-temps-5-342x512Quelques photos plus tard, l’engouement était tel que la rupture de stock a été immédiate. C’est un peu malgré elle que sa première collection a été lancée. Le timing s’est imposé. Elle en est maintenant à sa 4ème collection. Le rythme de une par an ponctuée de collections capsules.

A côté de ses collections, elle conçoit des costumes burlesques sur mesure pour des représentations théâtrales.

Mais qu’est-ce qui ne tourne pas rond avec la lingerie « classique »?

«La lingerie d’aujourd’hui, c’est plus que Moyen Âgeux!» Aucune évolution n’a été apportée depuis les années 20! Elle n’est pas pensée pour le corps. Dans le monde du vêtement, tout a évolué même les chaussures et les sacs. Que ce soit au niveau des matériaux, des coupes,… Dans la lingerie, c’est statu quo, mis à part peut-être l’esthétisme et les jeux de dentelles mais rien de révolutionnaire.

Il est donc grand temps qu’un vent de fraîcheur vienne souffler sur ce segment vestimentaire trop peu pris en compte. Même si tout n’est pas mauvais dans la lingerie classique. Les problèmes et inadaptations les plus fréquentes se font surtout ressentir au niveau des extrêmes, pour les très petites et grandes tailles.

« Le soutien-gorge est quelque chose qu’on met le matin et qu’on oublie.  Ce n’est que le soir qu’on doit le redécouvrir. »

Marie fait le grand nettoyage et revoit les codes d’usage. Exit les structures : les baleines non adaptées, trop longues ou trop courtes, qui rentrent dans les côtes ou remontent à toute heure du jour. Le sort des élastiques n’est pas en reste: ils saucissonnent, incommodent, se détendent. Elle part en quête de l’élastique parfait, et il existe! L’agrafe n’est pas épargnée non plus, elle change de place, on ferme par devant. Résultat: gain de temps en acrobaties.

Bref, un peu de confort ne ferait pas de tort!  Ça donne quoi?

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La lingerie doit apporter un confort et un design qui s’adapte au corps, et pas l’inverse! Les sous-vêtements doivent suivre et se fondre à tous les changements du corps, à court ou moyen terme. Que ce soit en temps de ballonnements, de prise de poids, de grossesse,…Il n’en faut pas de nouveaux pour chaque période.

Sa philosophie « pousser la qualité au maximum sans sacrifier l’esthétique »

Mais quel est son matériel secret? La résille élastique. C’est une maille qui permet l’élasticité dans les deux sens. Elle conserve une mémoire de la forme et possède une certaine résistance. Cette matière réagit à la chaleur du corps, a tendance à fusionner le corps et le tissu, tout en offrant une transparence.

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Si a priori, l’élastique ne nous paraît pas être la pièce phare pour laquelle des heures de recherches et des tests seraient nécessaires, on a tout faux. Bien plus qu’une finition, il joue un rôle clé dans ses créations! Et c’est là que l’on se rend compte de la complexité du produit et de tous les aspects à gérer. Comment trouve-t-on « LES » élastiques? Des tests, encore des tests toujours des tests. Il faut les voir vivre pour connaître leur valeur et leurs limites. Ils ont une durée de vie limitée, ce sont des tests sur leur longévité qui permettent à Marie de persévérer dans ses recherches. Après un an et demi, elle le tient l’élastique parfait sauf que maintenant, elle en voudrait un plus fin…Et c’est donc reparti pour une étude de marché ponctuée de discussions avec les fournisseurs pour savoir si par hasard au milieu de leurs 4000 modèles ils n’ont pas la perle rare. Et comme le dit Marie:

« On sort les rames ».

Offrir moins de traditionnel mais du plus épuré

C’est le design qui va faire la pièce. Par exemple, Marie a introduit la vraie culotte haute, celle qui monte jusqu’à la taille…oui oui celle de grand-mère. Mais essayer c’est l’adopter, elle offre un maintien et un confort incomparable! C’est celle qui remporte le plus de succès. Au fil des collections, Marie lui apporte des variantes. Elle a commencé par une légère ouverture à l’arrière qui s’est transformée en une plus grande et qui offre dès lors un maintien pour le ventre et une ouverture pour les tailles basses! Confort et esthétisme sont au rdv.

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Tout est fait main à Bruxelles

Les modèles sont directement travaillés sur un mannequin en 3D pour un rendu plus réaliste. Marie dessine les motifs qui vont donner son identité à la collection. Le résultat est sérigraphié et imprimé sur le tissu, sous forme de rouleaux. Elle les découpe ensuite à la main pièce par pièce. Le temps nécessaire varie de cinq heures à deux semaines de travail.

MoM-04-342x512Chaque collection se compose d’un ou deux soutiens-gorges et d’au minimum une culotte taille basse et une taille haute. Une collection complète peut rassembler jusqu’à 35 pièces, en déclinant toutes les tailles. Le petit dernier de la gamme est le kimono. La soie a de fortes chances de faire partie de l’aventure.

Au début, elle n’offrait que les tailles de A à C. Au vu de la forte demande pour les tailles suivantes, elle les a introduites petit à petit, une fois certaine que son produit tenait la route. Pour cette perfectionniste, ses créations doivent s’adapter parfaitement à chaque taille et morphologie pour envisager une sortie.

Le label noir jaune rouge 

Derrière chaque composant de ses créations, une recherche pointilleuse mêlant qualité et proximité est menée. Rien n’est laissé au hasard. Tout est étudié dans le détail et fait l’objet d’une veille constante. On ne sait jamais qu’une fabrique ré-ouvre et qu’on trouve mieux plus près.

Du tissu pour la lingerie en Belgique? Oui oui, il faut bien chercher mais ça existe encore. La Belgique possède une fabrique, elle se situe en Flandres. Le hic, c’est la quantité. L’usine fournit de grands groupes internationaux mais comment faire pour bénéficier de cette production locale à l’échelle de la micro production? Par exemple, le tissu se commande par quatre cents mètres, l’élastique par dix milles….oups, c’est beaucoup. Marie a envoyé son projet, il a séduit et elle a donc obtenu de pouvoir s’y fournir à son échelle. Elle ne se voyait pas travailler de la dentelle chinoise.

Ses élastiques sont grecs. Car le fournisseur dispose de ceux en biais qu’elle convoitait tant. Sa limite, l’Europe. Pour la petite histoire, des élastiques français faisaient l’affaire mais en se renseignant il s’avère qu’ils proviennent d’une usine tunisienne. Bye bye!

Enfin, les agrafes et les pièces métalliques proviennent d’une usine située à Barcelone. Marie l’a découverte lors d’un salon. Un stand regorgeant de trésors made in Spain, étonnamment vide…il était coincé au milieu de stand chinois!

Tant qu’à rattraper le temps perdu, pourquoi ne pas le devancer finalement?

Trois mois de travail pour une pièce. Oui, vous avez bien lu. C’est le résultat de sa dernière création, un body intégralement réalisé en 3D. Objectif : fusionner la résille et l’imprimante.

Vous vous demandez comment ça tient ensemble? Très simple, l’impression forme le dessin, et donc l’armature, et fait office de soutien. Plus de coutures ni de baleines nécessaires!

Marie tient fort à ce nouveau challenge. Et au vu du succès qu’il a remporté lors des DS Fashion Days, elle a bien l’intention de garder le concept.  Elle n’a d’ailleurs pas tardé à faire breveter cette superbe création hyper futuriste et innovante.

« Dans 50 ans, tout se fera en 3D. C’est maintenant qu’il faut passer le cap. »

Maintenant il lui « reste » à dompter la technologie pour tenter de sortir une collection dans un délai réaliste. Ça tombe bien car réfléchir sur une pièce, le pourquoi/comment, les matières, les motifs pour finalement proposer quelque chose de très particulier et d’unique, elle adore.

Bénédicte van Egeren