Du Moyen-Âge à la 3D, la lingerie revisitée par Marie Van gils

A l’occasion de divers événements, j’ai pu admirer le travail de Marie. Pas si courant comme spécialisation, la lingerie. Lors des DS Brussels Fashion Days, elle présentait le prototype de sa dernière idée futuriste. Un indice: tout se passe en 3D et le résultat est plutôt bluffant! Par ici….

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La mode et la création, oui mais le vêtement, non!

Pas de doute pour Marie, c’est le stylisme qu’elle allait étudier. Mais par contre une chose est sûre, les vêtements ça ne la passionne pas du tout. Qu’a-t-elle donc derrière la tête? La lingerie! Mais les spécialisations ça ne court pas les rues. Elle entreprend une première formation d’un an à Roubaix. Elle la complétera d’un cycle plus long en Flandres mais dont elle n’a pas bénéficié de la troisième et dernière année faute de participants!

A la fin de sa première spécialisation, Marie a dessiné, sérigraphié et produit quelques pièces au moment de la dernière coupe du monde (2014). 3ememi-temps-5-342x512Quelques photos plus tard, l’engouement était tel que la rupture de stock a été immédiate. C’est un peu malgré elle que sa première collection a été lancée. Le timing s’est imposé. Elle en est maintenant à sa 4ème collection. Le rythme de une par an ponctuée de collections capsules.

A côté de ses collections, elle conçoit des costumes burlesques sur mesure pour des représentations théâtrales.

Mais qu’est-ce qui ne tourne pas rond avec la lingerie « classique »?

«La lingerie d’aujourd’hui, c’est plus que Moyen Âgeux!» Aucune évolution n’a été apportée depuis les années 20! Elle n’est pas pensée pour le corps. Dans le monde du vêtement, tout a évolué même les chaussures et les sacs. Que ce soit au niveau des matériaux, des coupes,… Dans la lingerie, c’est statu quo, mis à part peut-être l’esthétisme et les jeux de dentelles mais rien de révolutionnaire.

Il est donc grand temps qu’un vent de fraîcheur vienne souffler sur ce segment vestimentaire trop peu pris en compte. Même si tout n’est pas mauvais dans la lingerie classique. Les problèmes et inadaptations les plus fréquentes se font surtout ressentir au niveau des extrêmes, pour les très petites et grandes tailles.

« Le soutien-gorge est quelque chose qu’on met le matin et qu’on oublie.  Ce n’est que le soir qu’on doit le redécouvrir. »

Marie fait le grand nettoyage et revoit les codes d’usage. Exit les structures : les baleines non adaptées, trop longues ou trop courtes, qui rentrent dans les côtes ou remontent à toute heure du jour. Le sort des élastiques n’est pas en reste: ils saucissonnent, incommodent, se détendent. Elle part en quête de l’élastique parfait, et il existe! L’agrafe n’est pas épargnée non plus, elle change de place, on ferme par devant. Résultat: gain de temps en acrobaties.

Bref, un peu de confort ne ferait pas de tort!  Ça donne quoi?

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La lingerie doit apporter un confort et un design qui s’adapte au corps, et pas l’inverse! Les sous-vêtements doivent suivre et se fondre à tous les changements du corps, à court ou moyen terme. Que ce soit en temps de ballonnements, de prise de poids, de grossesse,…Il n’en faut pas de nouveaux pour chaque période.

Sa philosophie « pousser la qualité au maximum sans sacrifier l’esthétique »

Mais quel est son matériel secret? La résille élastique. C’est une maille qui permet l’élasticité dans les deux sens. Elle conserve une mémoire de la forme et possède une certaine résistance. Cette matière réagit à la chaleur du corps, a tendance à fusionner le corps et le tissu, tout en offrant une transparence.

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Si a priori, l’élastique ne nous paraît pas être la pièce phare pour laquelle des heures de recherches et des tests seraient nécessaires, on a tout faux. Bien plus qu’une finition, il joue un rôle clé dans ses créations! Et c’est là que l’on se rend compte de la complexité du produit et de tous les aspects à gérer. Comment trouve-t-on « LES » élastiques? Des tests, encore des tests toujours des tests. Il faut les voir vivre pour connaître leur valeur et leurs limites. Ils ont une durée de vie limitée, ce sont des tests sur leur longévité qui permettent à Marie de persévérer dans ses recherches. Après un an et demi, elle le tient l’élastique parfait sauf que maintenant, elle en voudrait un plus fin…Et c’est donc reparti pour une étude de marché ponctuée de discussions avec les fournisseurs pour savoir si par hasard au milieu de leurs 4000 modèles ils n’ont pas la perle rare. Et comme le dit Marie:

« On sort les rames ».

Offrir moins de traditionnel mais du plus épuré

C’est le design qui va faire la pièce. Par exemple, Marie a introduit la vraie culotte haute, celle qui monte jusqu’à la taille…oui oui celle de grand-mère. Mais essayer c’est l’adopter, elle offre un maintien et un confort incomparable! C’est celle qui remporte le plus de succès. Au fil des collections, Marie lui apporte des variantes. Elle a commencé par une légère ouverture à l’arrière qui s’est transformée en une plus grande et qui offre dès lors un maintien pour le ventre et une ouverture pour les tailles basses! Confort et esthétisme sont au rdv.

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Tout est fait main à Bruxelles

Les modèles sont directement travaillés sur un mannequin en 3D pour un rendu plus réaliste. Marie dessine les motifs qui vont donner son identité à la collection. Le résultat est sérigraphié et imprimé sur le tissu, sous forme de rouleaux. Elle les découpe ensuite à la main pièce par pièce. Le temps nécessaire varie de cinq heures à deux semaines de travail.

MoM-04-342x512Chaque collection se compose d’un ou deux soutiens-gorges et d’au minimum une culotte taille basse et une taille haute. Une collection complète peut rassembler jusqu’à 35 pièces, en déclinant toutes les tailles. Le petit dernier de la gamme est le kimono. La soie a de fortes chances de faire partie de l’aventure.

Au début, elle n’offrait que les tailles de A à C. Au vu de la forte demande pour les tailles suivantes, elle les a introduites petit à petit, une fois certaine que son produit tenait la route. Pour cette perfectionniste, ses créations doivent s’adapter parfaitement à chaque taille et morphologie pour envisager une sortie.

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Derrière chaque composant de ses créations, une recherche pointilleuse mêlant qualité et proximité est menée. Rien n’est laissé au hasard. Tout est étudié dans le détail et fait l’objet d’une veille constante. On ne sait jamais qu’une fabrique ré-ouvre et qu’on trouve mieux plus près.

Du tissu pour la lingerie en Belgique? Oui oui, il faut bien chercher mais ça existe encore. La Belgique possède une fabrique, elle se situe en Flandres. Le hic, c’est la quantité. L’usine fournit de grands groupes internationaux mais comment faire pour bénéficier de cette production locale à l’échelle de la micro production? Par exemple, le tissu se commande par quatre cents mètres, l’élastique par dix milles….oups, c’est beaucoup. Marie a envoyé son projet, il a séduit et elle a donc obtenu de pouvoir s’y fournir à son échelle. Elle ne se voyait pas travailler de la dentelle chinoise.

Ses élastiques sont grecs. Car le fournisseur dispose de ceux en biais qu’elle convoitait tant. Sa limite, l’Europe. Pour la petite histoire, des élastiques français faisaient l’affaire mais en se renseignant il s’avère qu’ils proviennent d’une usine tunisienne. Bye bye!

Enfin, les agrafes et les pièces métalliques proviennent d’une usine située à Barcelone. Marie l’a découverte lors d’un salon. Un stand regorgeant de trésors made in Spain, étonnamment vide…il était coincé au milieu de stand chinois!

Tant qu’à rattraper le temps perdu, pourquoi ne pas le devancer finalement?

Trois mois de travail pour une pièce. Oui, vous avez bien lu. C’est le résultat de sa dernière création, un body intégralement réalisé en 3D. Objectif : fusionner la résille et l’imprimante.

Vous vous demandez comment ça tient ensemble? Très simple, l’impression forme le dessin, et donc l’armature, et fait office de soutien. Plus de coutures ni de baleines nécessaires!

Marie tient fort à ce nouveau challenge. Et au vu du succès qu’il a remporté lors des DS Fashion Days, elle a bien l’intention de garder le concept.  Elle n’a d’ailleurs pas tardé à faire breveter cette superbe création hyper futuriste et innovante.

« Dans 50 ans, tout se fera en 3D. C’est maintenant qu’il faut passer le cap. »

Maintenant il lui « reste » à dompter la technologie pour tenter de sortir une collection dans un délai réaliste. Ça tombe bien car réfléchir sur une pièce, le pourquoi/comment, les matières, les motifs pour finalement proposer quelque chose de très particulier et d’unique, elle adore.

Bénédicte van Egeren

 

Little Panama, les pépites de Lucie

Pas plus tard que l’année dernière, j’ai rencontré Lucie et sa collection pleine de peps « printemps-été ». Son stand respire la fraîcheur, elle vous explique avec joie et sans tabou les dessous de sa collection, honnête et transparente, un vrai plaisir d’y faire une petite pause. Mais qui est Lucie et sa jeune marque Little Panama? Présentation!

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Qui de mieux qu’une maman pour dessiner les vêtements des enfants?

Lucie, journaliste de formation avec un passage de trois ans en archi, se sent comme un poisson dans l’eau en croquant les nouvelles pièces de la collection. Elle n’a pas abandonné sa plume mais l’exerce au côté de sa marque Little Panama qui lui permet de laisser exploser sa créativité. Ses vêtements sont éthiques, chics, colorés, orientés pratique… le résultat est un « made in Belgium with passion ».

Elle habille les filles et les garçons de 1 an à 8 ans. Les tissus sont choisis avec soin et « impossible » ne fait pas partie de son vocabulaire, et pourtant… Elle s’est aventurée au salon du textile à Paris mais au vu du seuil de m² requis pour passer une commande, elle jettera finalement son dévolu sur « Deveaux » un marchand de tissus made in France qu’on lui a conseillé lors du prestigieux salon.

La qualité et le chic sont les mots d’ordre de ses collections, rien n’est laissé au hasard, les pièces se marient à la perfection. Et pour cause, Lucie fait réaliser les mélanges de couleurs pour que les sweats et les polos ne jurent pas avec les tissus qu’elle a dénichés.

Les chapeaux viennent compléter la gamme. Le best, c’est qu’ils peuvent être décorés au gré de l’imagination et des collections (tissus, plumes, perles,…).

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Bref, Little Panama ce sont des habits pour kids pensés et réalisés en Belgique avec amour, dans des matériaux nobles, sans produits chimiques sur les vêtements finis et dotés d’une faible empreinte carbone. Voilà tout ce qu’il faut pour habiller vos enfants en toute sérénité.

Quoi de neuf pour l’hiver?

La collection14196177_10154445350872154_6439169211090113415_o-1 vient de sortir, avec notamment deux petits sweats à capuchon rembourré de piloupilou…Et, non, il n’y a pas de version adulte!

Les classiques, jupes et t-shirts, restent mais les tissus changent. Petite nouveauté, le logo va être réalisé en cuir au lieu du similicuir, pour faciliter le repassage…mais pas que. En tout cas, le petit écusson est découpé au laser à Bruxelles, dans un tout nouveau labo, lasercut lab, monté par quelques étudiants de La Cambre,  qui fournissent un magnifique travail de précision.

Little Panama soutient au maximum l’emploi local: de la création à la couture, en passant par le stylisme sans oublier la découpe de logos…oui tous ces talents sont nos voisins! « Si chacun achète ne fut-ce que 5% de sa garde-robe en confection belge, le secteur serait formidablement relancé » dixit Lucie, et elle n’a pas tort.

Et on shoppe où cette super collection?

Si vous voulez rencontrer sa charmante créatrice, car c’est ça aussi l’avantage d’acheter local, rdv les 16 et 17 septembre à Uccle pour une vente privée réunissant plusieurs créateurs belges.

Mi-octobre, vous la retrouverez lors de la vente pop-up organisée à l’occasion des DS Brussels Fashion days au Mont des arts, à Bruxelles.

Sinon vous pouvez toujours vous rendre sur son site.

Bénédicte van Egeren