A tomber, la pâte à tartiner d’Eugène Chocolatier !

Dans ma course de fin d’année aux cadeaux belges, en composant un panier gourmand chez Farci, je suis tombée nez à nez avec des petits pots inconnus. Un rapide tour des étiquettes plus tard, ma curiosité s’éveille avec l’intitulé caramel sirop de Liège. J’en choppe un pour offrir et oui j’avoue j’en ai craqué un aussi! Alors je vous partage l’histoire d’Eugénie et ses ptits pots surprenants. Découverte pur plaisir garanti.

Eugénie grande amoureuse du chocolat depuis son enfance

Avant de se lancer dans ses études, elle a arpenté deux ans durant l’Equateur et le Venezuela. Sur place, elle a bossé dans des plantations. Pur hasard ? A son retour, Eugénie doit choisir ses études. Grand dilemme. Elle finira par s’inscrire à l’ICHEC. Et la passion chocolat alors? Hors de question de l’abandonner, elle s’inscrit en cours du soir au CERIA, dans la spécialisation chocolaterie/confiserie. Et voilà, c’est parti pour quatre ans de doubles études. Côté chocolat, c’est chez Laurent Gerbaub, chocolatier à Bruxelles, qu’elle réalise son premier stage. Il lui transmet la finesse du chocolat et l’importance du choix des ingrédients. Lors de son second stage, à l’ancien Côte d’Or près du Sablon, elle apprend plutôt l’opérationnel et la maîtrise des produits. Postée face au public, ses tâches consistent à travailler les matières devant le public sous forme de mini démonstrations.

GOGOGO

Son diplôme en poche, Eugénie se met à composer des recettes à la demande. Elle adore chipoter, mélanger, goûter, recommencer pour enfin trouver le mariage parfait entre la crème de la crème des ingrédients. Elle s’adapte aux exigences et compose selon les goûts et budgets. Après deux ans, l’envie de développer son produit la titille. Rapidement, elle trouve son créneau: le marché manque de bonne pâte à tartiner, sans crasse ajoutée. La voilà donc en cuisine, elle compose ce qui serait LA pâte à tartiner en ne tenant absolument pas compte du prix des ingrédients. Elle mise sur la qualité, ce qui compte c’est le résultat et il faut qu’il soit exceptionnel. Les ingrédients sont issus de l’agriculture biologique, elle s’est vue obligée d’acheter le logo pour pouvoir certifier la provenance sur l’étiquette. Coût dont elle se serait bien passé puisque ses ingrédients sont de toute façon bio!

Praliné, le petit premier

Avec lui, Eugénie voulait une pâte à tartiner qui n’ait pas ce goût de noisettes enfantin. Pour ça, elle a mis le paquet sur les fruits secs (62%). On y retrouve des noix, des noisettes et des noix de cajou. Du coup, ça laisse une petite sensation de rugueux au contraire de la pâte classique, toute lisse. Côté sucre, elle a opté pour le nectar de fleur de coco (héritage de ses deux premières années). Pourquoi ? L’objectif est que le produit ne soit pas trop riche en sucre. Le nectar offre une bonne alternative aux dérivés du sucre tels que le stévia. Les produits sont sans lactose. L’huile et les conservateurs sont également absents, le but est d’épurer au maximum la liste d’ingrédients et de ne pas obtenir une pâte « fourre-tout ».

De la compagnie pour ce cher praliné

Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Surtout quand les possibilités d’extension de la gamme sont quasi infinies et que sa tasse de thé c’est justement de cogiter de bonnes recettes! La saveur de sa deuxième réalisation, elle la doit à l’insistance de ses amis. Devinez ce qu’ils voulaient ? Un classique, pas si classique à trouver en pot. Caramel beurre salé ! Qui s’est vite fait rejoindre par un dérivé de cette lumineuse idée : le fameux caramel au sirop de Liège, né accidentellement. Car si de prime à bord, le sirop de Liège n’est pas toujours le produit qui fait rêver, Eugénie a vite changé d’avis à l’issue d’une rencontre avec un producteur de sirop de Liège. Mais du vrai de vrai, composé de 90 % de poires et 10% de pommes. Un beau matin, elle avait tartiné d’un côté du sirop de liège, de l’autre son caramel beurre salé…mais pourquoi ne pas assembler ces deux tartines? En effet, c’est une très bonne idée !

Pour le quatrième, on garde la base de caramel et on part dans une recette plutôt originale. Née d’une collaboration avec Cyril, créateur des biscuits bruxellois Mad Lab. Eugénie récupère les sirops de citron et de gingembre qu’il produit, pour réaliser ses confits, mais dont il n’a aucune utilité. C’est de cette rencontre que provient le petit dernier: caramel citron gingembre.

C’est compliqué à faire ?

Produire le caramel est beaucoup plus intense que faire le praliné. C’est physique, il faut remuer sans cesse et tout doit s’enchaîner assez rapidement. Mais en deux trois heures, elle peut obtenir jusqu’à 45 pots. Pour le praliné, c’est plutôt une question d’organisation. Avant tout, les fruits secs doivent tourner 8 heures dans une machine. Qu’il faut venir ensuite arrêter…Donc la mettre en route le soir et venir à l’aube terminer ses recettes, c’est assez commun pour Eugénie. Car son atelier est à Rotselaar, elle s’y rend deux à trois fois par mois, parfois accompagnée d’un de ses parents. Car pour la petite histoire, ils ont suivi les cours en même temps qu’elle. Un l’aide pour le praliné, l’autre pour le caramel. Eugénie est donc bien entourée car à côté du chocolat, elle bosse à 4/5ème temps.

Quelques idées pour détourner cette pâte à tartiner

Vous allez vite voir que ces produits peuvent s’utiliser de pleins de façons différentes. Que ce soit sur une crêpe, dans le fond d’une tarte, dans un crumble, dans un muesli ou encore une petite cuillère comme dessert. Tout est possible. Et même en version salé, avec du fromage par exemple, le caramel citron gingembre se marie à la perfection. Un restaurant a d’ailleurs proposé pendant les fêtes des toasts au foie gras avec une pointe de caramel citron/gingembre.

Ces petits délices existent en petit et grand formats, 115gr ou 225gr pour les plus gourmands. Ils sont dispo dans une vingtaine de points de vente. A Bruxelles, on est gâté, courrez voir s’il y en a un sur votre route!

Bénédicte van Egeren 

IMWE vous fait voyager dans votre salle de bain

Quelle magie d’utiliser un soin visage qui vous veut du bien, éthique et responsable, produit à quelques centaines de mètres de chez soi. Ça fait maintenant plus d’un an que ces soins ont frappé à la porte de ma salle de bain et se sont incrustés dans mon quotidien pour y amener une touche locale, qui peu à peu se transforme en large majorité. Et comme c’est si près, je me devais d’aller à la rencontre de Candice pour qu’elle m’explique ce qui l’a amené à lancer sa gamme si réfléchie.

Du droit au labo, il n’y a qu’un pas 

Avant de concocter des soins, Candice a exercé comme juriste – criminologue. Quand elle a décidé de passer aux cosmétiques naturels/bio, elle s’est retrouvée face à un grand vide. Oui, il y a quelques années le marché n’était pas encore si développé et offrait surtout des cosmétiques assez bruts surtout au niveau sensoriel. Car l’aromathérapie,c’est sa passion, elle a d’ailleurs suivi une formation dans ce domaine. C’est tout naturellement qu’elle s’est mise à chipoter et créer ses propres soins. Son entourage est vite devenu une clientèle très adepte. A la naissance de sa fille, elle en a profité pour changer de cap et se lancer à 100% dans les produits cosmétiques pour lesquelles elle avait déjà acquis une certaine maîtrise au cours des années précédentes.

Quand elle décide de lancer IMWE, il y a  trois ans déjà, tout est bien rôdé. Avec son idée bien murie et des formules déjà testées en grandeur nature, Candice s’est mise en quête d’un labo pour les valider et donc officialiser la reconnaissance de ses produits. En Belgique, peu de labos sont spécialisés en cosmétologie bio. Le sien se trouve à Liège et répond à ses attentes.

IMWE fait la part belle aux sens

Sans surprise, les senteurs ont une place de choix. On retrouve les huiles essentielles dans les trois soins visages et le soin pour le corps. Ce savant mélange olfactif est bien entendu sélectionné pour ses propriétés mais propose d’aller au-delà du seul soin. Candice veut transformer ce moment en un temps d’évasion et procurer bien plus que l’application d’une crème. Tantôt il procure du dynamisme, de la relaxation, de l’évasion, tout un travail sur les émotions,… Pour les sceptiques de l’odeur, pas de panique, vous ne ressemblerez pas non plus à un arbre fruitier après avoir appliqué votre crème visage. Dans chaque crème, on retrouve entres autres une huile végétale, une huile essentielle et un conservateur, qui joue également un rôle, il n’est pas choisi au hasard. Au final, c’est une combinaison de plusieurs actifs qui apporte chacun sa particularité. Par exemple, les agrumes ont un effet sur la peau grasse, mais apportent également de la fraîcheur et du peps. C’est pour ça qu’on les  retrouve dans le soin Iltaal aux côtés d’une huile comme le Chanvre ou le Jojoba qui ont comme propriétés de réguler le sébum. Vous me suivez toujours ?

IMWE n’est pas là pour vous vendre du rêve. Son objectif est d’offrir des soins riches en ingrédients actifs qui répondent aux besoins de la peau sans promettre la lune. Pour ce faire, la part belle est faite au naturel, la culture biologique, le local mais surtout à la réflexion des formules de chaque soin afin d’allier le meilleur en un rituel. Tous les composants sont documentés et la liste des ingrédients rendue publique, en toute transparence.

Naturel, Bio, Slow Cosmétique…Qu’est-ce que ça signifie vraiment ? Levons le voile !

Plein de jolis mots et parfois des amalgames…mais qu’est-ce qui se joue derrière ? Des mots, des labels et « parfois » du marketing. Certains se monnaient d’autres se méritent. Les produits IMWE n’ont pas le label Bio, qui s’achète et qui peut parfois être moins exigeant que ce que Candice propose. Par exemple, la proportion d’ingrédients bio minimum exigée est de 10% (pour obtenir le premier label Bio), IMWE se situe entre 20 et 30 % en fonction des soins. Je vois déjà vos yeux grands ouverts, mais que sont donc les 70 %?! Purement et simplement la quantité d’eau. Les crèmes contiennent un pourcentage d’eau assez élevé, de 40 à 50 % dans ce cas-ci.

Les produits IMWE sont estampillés « Slow Cosmétique ». What? Vaguement familier? Super connu? Géré par un collectif de bénévoles, cette mention a un côté moins industriel que le label Bio, il véhicule une image plus artisanale. Ce sésame s’obtient après avoir répondu à une liste de quatre-vingt critères. Beaucoup plus exigeant qu’un label Bio, il s’atèle à vérifier l’authenticité et mise sur une grande transparence. Le Slow Cosmétique a le vent en poupe ces derniers mois. Il passe d’une trentaine de marques à quelques cent vingt actuellement. Il regroupe sous une plateforme e-shop l’ensemble des marques, et tous leurs produits, qui ont eu la mention.

Palm free et vegan, le parcours du combattant des ingrédients!

Dans aucun de ses soins vous ne retrouverez d’huile de palme. Pour en arriver là, Candice a été attentive à poser les bonnes questions. Travail de dur labeur de se débarrasser de ce composant présent dans plus de produits qu’on ne le pense. C’est en creusant auprès de son fournisseur qu’elle s’est rendu compte que dans un de ses émulsifiants, dérivé de l’olive, qu’elle pensait safe, la base se composait d’olive et de cette chère huile de palme. Hors de question de continuer avec celui-là, elle a dû relancer les recherches afin de trouver l’équivalent en version palm free.

Une petite touche d’exotisme pour 90 à 95 % de local

La provenance des ingrédients est aussi passée à la loupe, en favorisant au maximum les plus petites distances. La quasi-totalité est issue de l’UE. Les quelques ingrédients exotiques sont bio et le coco est fairtrade, ils viennent inévitablement d’un peu plus loin. Il est difficile de faire du coco belge …

Le packaging n’échappe pas à la règle. Les flacons en verre sont italiens et l’emballage en carton, fait avec du bois des forêts du Nord de l’Europe. Pour le moment, le verre fourni un bon contenant pour pouvoir conserver la propriété des ingrédients (qui ont tendance à être absorbé par le plastique). En outre, au niveau recyclage et écologie il offre un bon compromis.

Où et comment produit-on un lot de soin?

Produire un lot prend environ 6h : peser, mélanger, émulsifier, chauffer, refroidir, embouteiller. A part l’eau, les ingrédients ne sont pas chauffés pour altérer le moins possible les propriétés de tous les actifs présents dans le soin. Candice ne produit pas tous les jours sauf en période de fêtes ou de collaboration avec une « boite ».

La quantité produite varie. Candice fait entre cinq et quinze litres, en fonction de la demande du moment ou du soin. Et oui, c’est le cas du soin Iltaal qui remporte un franc succès.

Tout se passe à Schaerbeek. De la conception à la mise en bouteille, sans oublier le stockage et l’expédition des commandes. Bref, une belle boucle entièrement bruxelloise.

Des nouveautés prévues ?

Ce printemps, IMWE va souffler sa troisième bougie. L’occasion de proposer de nouveaux produits. Deux ou trois produits vont venir rejoindre les quatre actuellement proposés. Mais je ne vous en dis pas plus pour le moment…

Un dernier conseil pour la route

Pssst, si vous avez du mal à vider le flacon car la pompe n’aspire pas le dernier centimètre, Candice nous livre une petite astuce. Ajoutez quelques gouttes d’eau et la pompe pourra terminer son boulot sans trop de gaspillage.

Bénédicte van Egeren

Une paire de lunettes où seule l’imagination est la limite, le pari réussi de Ludovic

Dans les années 80, il y avait encore pas mal de lunetiers. Maintenant, Ludovic est le seul en Belgique. Pour notre plus grand bonheur ! Depuis un an, je trépigne de curiosité. C’est chose faite, j’ai enfin rencontré Ludovic dans son atelier-boutique-salon, située au sablon. Avec un peu plus d’un an d’activité et déjà plus d’une centaine de paires créées, l’avenir de ce métier d’antan a plutôt bonne mine. Rencontre!

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Pourquoi, pourquoi, pourquoi, en Belgique, il n’y a aucun lunetier ?

Ludovic est opticien-optimétriste de formation. ludovic-all-color-8261Il a travaillé chez Hoet, à Dansaert. Mais il ne pouvait s’empêcher de s’interroger sur la disparition des lunetiers en Belgique. Pourquoi, il n’y en a plus ? Est-ce si compliqué? Avec cette question en tête, Ludovic est parti en quête d’une formation de lunetier. Il s’est d’abord rendu une semaine dans le Jura, car il n’y en a plus non plus en Belgique. Verdict ? L’expérience fut concluante, « ce n’est pas facile mais c’est faisable ». Il y est retourné plusieurs fois pour suivre des modules d’une semaine afin de se former aux techniques de la lunetterie.

A l’heure où la technologie permet de faire des miracles, tels que des impressions d’objets (y compris des lunettes), Ludovic a décidé de prendre le chemin inverse. Il veut faire un pas en arrière et revenir aux techniques d’avant, à la maîtrise manuelle de la conception. Et il a débuté avec le strict minimum, le set d’outils qui lui a servi lors de sa formation.

Des lunettes sur mesure, pour qui pour quoi ?

Tout d’abord, pour le confort ! On est tous différents, nul corps n’est parfait. Chacun a son lot d’asymétrie, plus ou moins gênante. L’idée de la monture unique répond à un visage qui l’est tout autant. Le cas des lunettes posées légèrement de travers car votre nez n’est pas droit n’est pas rare. L’objectif ici est d’en faire une deuxième peau. Du coup se côtoient les désespérés en quête de solutions. Ludovic a déjà comblé des personnes aux profils forts différents. Une personne qui avait une tête trop large et qui était toujours comprimée dans ses branches. Une qui devait se fournir au rayon enfant car son visage était très étroit. Enfin, le challenge de concevoir une paire pour quelqu’un qui n’avait qu’une oreille, et de la faire tenir à l’aide d’une béquille. Bref, du sens il y en a !

Mais le sur mesure séduit aussi les curieux, les collectionneurs de belles matières, les avides d’originalité,… Parfois il a le champ libre, parfois il a une demande avec une condition précise. Pour mieux comprendre l’infinité des possibilités, il faut s’intéresser à tous les jeux possibles. Que ce soit sur la forme de la monture, sur l’épaisseur (des couches peuvent se superposer pour obtenir une monture plus ou moins fine ou une nuance de tons), sur la forme des branches, sur l’asymétrie, sur le dessin dans la monture, sur les couleurs,…. Quoi qu’il en soit, deux rendez-vous clients ne se ressemblent jamais.

La clientèle est locale, nationale ou internationale. Les clients n’hésitent pas à se déplacer. Ils viennent parfois de loin au détour d’un voyage. Mais ils devront refaire halte à Bruxelles pour récupérer leur monture car Ludovic ne laisse aucune création s’échapper sans un dernier essai en live pour s’assurer que tout soit parfait. Ludovic est patient et garde la monture le temps qu’il faut pour que le client repasse par Bruxelles. Dans l’atelier, il y a un mur composé de boîtes en attente de leur propriétaire.

Quelles sont les étapes de la confection d’une paire sur mesure ?

Lors du premier rendez-vous, vous serez invité à prendre un café, papoter et faire connaissance dans le salon à l’étage (qui à l’occasion peut accueillir des ventes de créateurs). Vous définissez vos attentes, décrivez votre style, choisissez votre matériau, essayez quelques paires «ready to wear», de créateurs indépendants triés sur le volet. Ensuite, toutes les mesures sont prises ainsi qu’une photo de votre visage, qui sera utilisée en grandeur nature par la suite pour permettre le dessin de lunettes à taille réelle. Ca y est, vous êtes libre, maintenant c’est Vinciane, sa femme, qui va s’occuper de dessiner plusieurs paires à l’ordinateur et les imprimer à taille réelle afin que deux semaines plus tard vous puissiez « essayer » et choisir VOTRE paire. Vous aurez le choix entre 5-6-7-8 modèles. C’est une monture, sans branche, qui se présente sous forme d’un papier transparent qui fait office de verres. On sait dès lors les poser sur son nez pour s’imaginer le rendu. Là, il ne reste plus qu’à choisir. Et si aucun modèle ne vous convient dans les propositions dessinées, pas de problème, il suffit de redéfinir les attentes et c’est reparti pour un tour.

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La réalisation de la monture prend environ une cinquantaine d’heures. Patience donc! Pour le moment, les délais sont de trois mois d’attente. Vous les recevrez dans un superbe étui en cuir, réalisé par Niyona, un maroquinier bruxellois.

Un petit tour dans l’atelier et présentation des matériaux nobles

L’atelier s’est peu à peu accessoirisé. Pour débuter, quelques outils de base, utilisés lors de la formation suffisent. Peu à peu l’atelier s’est meublé. La quantité d’équipements de l’atelier est plutôt impressionnante. D’une part tout ce qui est dédié à la fabrication artisanale de la monture et d’autre part, tous les outils d’un opticien.

Ses matières premières sont toutes naturelles et sont au nombre de trois. L’acétate de cellulose, mélange de fibre de coton et de plastifiant, qui permet une gamme de couleurs énorme. La corne de buffle qui a la particularité de ne jamais être unie, provient directement du Vietnam ou encore de Madagascar (elle provient d’animaux déjà tués pour une autre raison). Enfin, le bois. Ludovic en a déniché un lot vieux de 100 ans qui a aussi sa petite histoire. Il l’a acheté à un Gantois qui mettait un terme à ses activités, qui l’avait repris d’un Liégeois, qui l’avait trouvé chez un Parisien. Bref, un bois voyageur qui offre des couleurs et des textures super originales, du tulipier à l’amarante en passant par le poirier ou encore le bois de rose. Une palette bien fournie qui n’attend que les idées les plus folles pour superposer les couches et donner naissance à une monture unique!

Les matériaux arrivent souvent à l’état brut à l’atelier. Le bois est sous forme de grandes planches très fines, on dirait une écorce. L’acétate arrive par plaque de grandeurs diverses. La corne arrive sous forme de plaque. Tantôt brute, tantôt polie.

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L’équipe s’agrandit et passe de un à trois voire quatre

En octobre 2015, il s’est lancé en solo avec son set d’outils de base. Au cours de l’année, il a été épaulé par Dorian, stagiaire en dernière année. En septembre, ce dernier a intégré l’atelier car le carnet de commandes explosait. Maintenant, ils ne sont pas deux mais trois. Sa femme a quitté son boulot pour venir apporter son support et s’occupe essentiellement des dessins et de la communication.

Pour la petite histoire, le choix du lieu a changé en dernière minute et il a signé pour l’emplacement au sablon le jour de la naissance de son ptit bout. Ne vous vous étonnez pas si vous le voyez apparaître, c’est son terrain de jeu et c’est d’ailleurs pour ça qu’il n’y a aucune paire de lunettes qui traîne en vitrine.

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Quel beau chemin parcouru en à peine un an

Finalement, il est parti de «pas grand-chose» en termes d’investissement. Il s’est appuyé sur sa brillante idée associée à un bon « capital social ». Il a récemment été reconnu pour sa qualité d’artisan et gagné plusieurs prix cette année, dont le prix du jury pour la vitrine de l’artisan 2016. D’ailleurs, une de ses paires de lunettes se balade à Tokyo dans le cadre d’une expo. Elle a été créée en collaboration avec une styliste de La Cambre. Longue vie à ce joli travail!

Pour assouvir votre curiosité, n’hésitez pas à faire un tour sur son compte instagram qui illustre superbement son travail. Et en live, c’est Rue Ernest Allard 14, 1000 Bruxelles, que ça se passe.

Bénédicte van Egeren

Du Moyen-Âge à la 3D, la lingerie revisitée par Marie Van gils

A l’occasion de divers événements, j’ai pu admirer le travail de Marie. Pas si courant comme spécialisation, la lingerie. Lors des DS Brussels Fashion Days, elle présentait le prototype de sa dernière idée futuriste. Un indice: tout se passe en 3D et le résultat est plutôt bluffant! Par ici….

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La mode et la création, oui mais le vêtement, non!

Pas de doute pour Marie, c’est le stylisme qu’elle allait étudier. Mais par contre une chose est sûre, les vêtements ça ne la passionne pas du tout. Qu’a-t-elle donc derrière la tête? La lingerie! Mais les spécialisations ça ne court pas les rues. Elle entreprend une première formation d’un an à Roubaix. Elle la complétera d’un cycle plus long en Flandres mais dont elle n’a pas bénéficié de la troisième et dernière année faute de participants!

A la fin de sa première spécialisation, Marie a dessiné, sérigraphié et produit quelques pièces au moment de la dernière coupe du monde (2014). 3ememi-temps-5-342x512Quelques photos plus tard, l’engouement était tel que la rupture de stock a été immédiate. C’est un peu malgré elle que sa première collection a été lancée. Le timing s’est imposé. Elle en est maintenant à sa 4ème collection. Le rythme de une par an ponctuée de collections capsules.

A côté de ses collections, elle conçoit des costumes burlesques sur mesure pour des représentations théâtrales.

Mais qu’est-ce qui ne tourne pas rond avec la lingerie « classique »?

«La lingerie d’aujourd’hui, c’est plus que Moyen Âgeux!» Aucune évolution n’a été apportée depuis les années 20! Elle n’est pas pensée pour le corps. Dans le monde du vêtement, tout a évolué même les chaussures et les sacs. Que ce soit au niveau des matériaux, des coupes,… Dans la lingerie, c’est statu quo, mis à part peut-être l’esthétisme et les jeux de dentelles mais rien de révolutionnaire.

Il est donc grand temps qu’un vent de fraîcheur vienne souffler sur ce segment vestimentaire trop peu pris en compte. Même si tout n’est pas mauvais dans la lingerie classique. Les problèmes et inadaptations les plus fréquentes se font surtout ressentir au niveau des extrêmes, pour les très petites et grandes tailles.

« Le soutien-gorge est quelque chose qu’on met le matin et qu’on oublie.  Ce n’est que le soir qu’on doit le redécouvrir. »

Marie fait le grand nettoyage et revoit les codes d’usage. Exit les structures : les baleines non adaptées, trop longues ou trop courtes, qui rentrent dans les côtes ou remontent à toute heure du jour. Le sort des élastiques n’est pas en reste: ils saucissonnent, incommodent, se détendent. Elle part en quête de l’élastique parfait, et il existe! L’agrafe n’est pas épargnée non plus, elle change de place, on ferme par devant. Résultat: gain de temps en acrobaties.

Bref, un peu de confort ne ferait pas de tort!  Ça donne quoi?

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La lingerie doit apporter un confort et un design qui s’adapte au corps, et pas l’inverse! Les sous-vêtements doivent suivre et se fondre à tous les changements du corps, à court ou moyen terme. Que ce soit en temps de ballonnements, de prise de poids, de grossesse,…Il n’en faut pas de nouveaux pour chaque période.

Sa philosophie « pousser la qualité au maximum sans sacrifier l’esthétique »

Mais quel est son matériel secret? La résille élastique. C’est une maille qui permet l’élasticité dans les deux sens. Elle conserve une mémoire de la forme et possède une certaine résistance. Cette matière réagit à la chaleur du corps, a tendance à fusionner le corps et le tissu, tout en offrant une transparence.

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Si a priori, l’élastique ne nous paraît pas être la pièce phare pour laquelle des heures de recherches et des tests seraient nécessaires, on a tout faux. Bien plus qu’une finition, il joue un rôle clé dans ses créations! Et c’est là que l’on se rend compte de la complexité du produit et de tous les aspects à gérer. Comment trouve-t-on « LES » élastiques? Des tests, encore des tests toujours des tests. Il faut les voir vivre pour connaître leur valeur et leurs limites. Ils ont une durée de vie limitée, ce sont des tests sur leur longévité qui permettent à Marie de persévérer dans ses recherches. Après un an et demi, elle le tient l’élastique parfait sauf que maintenant, elle en voudrait un plus fin…Et c’est donc reparti pour une étude de marché ponctuée de discussions avec les fournisseurs pour savoir si par hasard au milieu de leurs 4000 modèles ils n’ont pas la perle rare. Et comme le dit Marie:

« On sort les rames ».

Offrir moins de traditionnel mais du plus épuré

C’est le design qui va faire la pièce. Par exemple, Marie a introduit la vraie culotte haute, celle qui monte jusqu’à la taille…oui oui celle de grand-mère. Mais essayer c’est l’adopter, elle offre un maintien et un confort incomparable! C’est celle qui remporte le plus de succès. Au fil des collections, Marie lui apporte des variantes. Elle a commencé par une légère ouverture à l’arrière qui s’est transformée en une plus grande et qui offre dès lors un maintien pour le ventre et une ouverture pour les tailles basses! Confort et esthétisme sont au rdv.

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Tout est fait main à Bruxelles

Les modèles sont directement travaillés sur un mannequin en 3D pour un rendu plus réaliste. Marie dessine les motifs qui vont donner son identité à la collection. Le résultat est sérigraphié et imprimé sur le tissu, sous forme de rouleaux. Elle les découpe ensuite à la main pièce par pièce. Le temps nécessaire varie de cinq heures à deux semaines de travail.

MoM-04-342x512Chaque collection se compose d’un ou deux soutiens-gorges et d’au minimum une culotte taille basse et une taille haute. Une collection complète peut rassembler jusqu’à 35 pièces, en déclinant toutes les tailles. Le petit dernier de la gamme est le kimono. La soie a de fortes chances de faire partie de l’aventure.

Au début, elle n’offrait que les tailles de A à C. Au vu de la forte demande pour les tailles suivantes, elle les a introduites petit à petit, une fois certaine que son produit tenait la route. Pour cette perfectionniste, ses créations doivent s’adapter parfaitement à chaque taille et morphologie pour envisager une sortie.

Le label noir jaune rouge 

Derrière chaque composant de ses créations, une recherche pointilleuse mêlant qualité et proximité est menée. Rien n’est laissé au hasard. Tout est étudié dans le détail et fait l’objet d’une veille constante. On ne sait jamais qu’une fabrique ré-ouvre et qu’on trouve mieux plus près.

Du tissu pour la lingerie en Belgique? Oui oui, il faut bien chercher mais ça existe encore. La Belgique possède une fabrique, elle se situe en Flandres. Le hic, c’est la quantité. L’usine fournit de grands groupes internationaux mais comment faire pour bénéficier de cette production locale à l’échelle de la micro production? Par exemple, le tissu se commande par quatre cents mètres, l’élastique par dix milles….oups, c’est beaucoup. Marie a envoyé son projet, il a séduit et elle a donc obtenu de pouvoir s’y fournir à son échelle. Elle ne se voyait pas travailler de la dentelle chinoise.

Ses élastiques sont grecs. Car le fournisseur dispose de ceux en biais qu’elle convoitait tant. Sa limite, l’Europe. Pour la petite histoire, des élastiques français faisaient l’affaire mais en se renseignant il s’avère qu’ils proviennent d’une usine tunisienne. Bye bye!

Enfin, les agrafes et les pièces métalliques proviennent d’une usine située à Barcelone. Marie l’a découverte lors d’un salon. Un stand regorgeant de trésors made in Spain, étonnamment vide…il était coincé au milieu de stand chinois!

Tant qu’à rattraper le temps perdu, pourquoi ne pas le devancer finalement?

Trois mois de travail pour une pièce. Oui, vous avez bien lu. C’est le résultat de sa dernière création, un body intégralement réalisé en 3D. Objectif : fusionner la résille et l’imprimante.

Vous vous demandez comment ça tient ensemble? Très simple, l’impression forme le dessin, et donc l’armature, et fait office de soutien. Plus de coutures ni de baleines nécessaires!

Marie tient fort à ce nouveau challenge. Et au vu du succès qu’il a remporté lors des DS Fashion Days, elle a bien l’intention de garder le concept.  Elle n’a d’ailleurs pas tardé à faire breveter cette superbe création hyper futuriste et innovante.

« Dans 50 ans, tout se fera en 3D. C’est maintenant qu’il faut passer le cap. »

Maintenant il lui « reste » à dompter la technologie pour tenter de sortir une collection dans un délai réaliste. Ça tombe bien car réfléchir sur une pièce, le pourquoi/comment, les matières, les motifs pour finalement proposer quelque chose de très particulier et d’unique, elle adore.

Bénédicte van Egeren

 

Une maroquinerie 5 étoiles signée Michael Guérisse O’Leary

Trimballant ma maison sur mon dos, quel ne fut pas mon bonheur quand je suis tombée nez à nez avec le grand cabas « Shopper » de Michael. Simple, épuré, passe partout, sans blingbling et capable d’accueillir mon quotidien sans craquer après deux utilisations. Au fait, rien de complètement fou mais juste pas toujours facile à trouver. Le MUST ? Il respirait le vrai cuir. Pas de doute, je n’allais pas me faire arnaquer. Gros coup de cœur pour le travail de Michael Guérisse O’Leary, je vous le présente sans tarder ! Attention, addiction garantie…

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Faisons connaissance…

portraitAprès 5 ans d’études en archi à Horta (La Cambre), Michael a effectué ses deux ans de stage obligatoire. Notamment au sein d’une rédaction de magazine d’architecture, s’éloignant un peu de sa matière principale. Les deux années suivantes, il a renoué avec la créativité en recentrant son activité professionnelle. Il a travaillé auprès d’artisans, dont un maroquinier qui lui a transmis le goût et la passion qui l’ont amené à développer ses propres créations. Pour cela, il a repris des études aux Arts et Métiers afin d’apprendre et de peaufiner les techniques et connaissances qu’il avait déjà acquises sur le terrain. Petit à petit, les machines ont envahi sa maison, et sa cuisine s’est transformée en atelier.

Les premières créations ont été lancées il y a 7 ans. Depuis, la gamme s’est élargie et se dote de variantes dans les modèles existants. Les couleurs, les matières, les fermoirs, les zips, les pièces incrustées, les boucles de ceinture, toute excuse est bonne pour expérimenter et rendre la pièce unique ou presque.

Avant de travailler la peau, il faut la trouver !

Mais où trouve-t-on toutes ses merveilles ? Michael se fournit dans deux tanneries, une en Belgique et une en Italie. Le cuir est toujours tanné végétalement et possède un certificat, il se le procure déjà teint et prêt à l’emploi. A l’issue de salons, il n’est pas rare qu’il craque pour l’une ou l’autre peau venant d’Autriche ou d’ailleurs.

Mais la meilleure des adresses est sa caverne d’Alibaba, une ancienne mercerie où il peut chiner à loisir. Ramenant parfois des pièces uniques, des lots de fermoirs, des pièces décoratives, des boucles de ceintures des années 50,…Bref, un endroit pourvoyeur d’inspiration. Les pièces ainsi chinées poussent l’imagination au-delà de sa zone de confort.

« Le hasard permet de faire des choses que l’on n’aurait pas faites. »

Le principe de chinage s’applique aussi aux peaux. Elles sont toujours neuves mais peuvent venir d’une faillite ou d’une fin de stock. Ces petites quantités permettent de ne pas faire trop de volumes similaires et de miser sur l’unicité des pièces. Le revers de la médailles, c’est la frustration de ne pas pouvoir recommander. Quand c’est fini, c’est fini!

Les zip utilisés sont par contre toujours neufs et de haute qualité car c’est une pièce maîtresse qui doit s’aligner à la perfection. Ils sont même polis.

Passons aux choses sérieuses… L’assemblage !

Il va de soi que la patience, la précision et la méticulosité sont indispensables pour parvenir à des découpes parfaites, à la fixation des zips ou encore l’emboîtement dans l’axe des fermoirs. Un millimètre de décalage peut représenter des heures de travail perdues. C’est un travail impressionnant quand on y réfléchit! Pour certains travaux, il n’est pas rare qu’il se rende dans un atelier où il peut disposer des machines car certaines sont plutôt encombrantes.

Et comme de plus en plus de créateurs…

Les déchets sont les moteurs de la création. Quasi rien n’est jeté, tout se récupère. Que ce soit de par la forme des peaux ou suite à la découpe d’un sac ou autre, toutes les chutes produites sont conservées. Elles titillent l’imagination et font naître de nouvelles idées. fragment-pouch-1-bd
La pochette « mosaïque » est née de cette recherche. Son motif donne la ligne de conduite. La face avant se compose de diverses bandes de cuir, aux couleurs et textures variées, qui une fois assemblées forment une jolie mosaïque. Les bracelets et les porte-clés ont été imaginés dans cette optique. Ils constituent un moyen parfait de ne jeter aucune matière, aussi petite soit-elle, et de compléter la collection.

L’achat de lots en mercerie apporte aussi son challenge. Certaines pièces peuvent être griffées, le cas des demi-lunes ornant les pochettes « diamant ». Avec les chutes de peaux, Michael a eu l’idée de les recouvrir. Résultat, toujours la même pochette mais changement de look!

Qu’est ce qu’on shoppe ?

De jolis modèles intemporels, classes, réalisés avec soin dans des matériaux de grande qualité avec une touche de « récup ». Les hommes comme les femmes peuvent trouver leur bonheur dans les ceintures, les bracelets, les foulards, les porte-monnaie, les porte-cartes, les porte-passeport  (nouveau-né) et les porte-clés.

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Avantage pour les femmes tout de même avec les sacs et les pochettes en plus. Le choix est offert entre trois modèles de sacs, l’iconique « Shopper » (petit ou grand), le sac rond et le sac pochette.

Du côté de pochettes, il y en a également trois. La pochette « enveloppe » qui offre plusieurs déclinaison : unie (une seule couleur extérieure) ou dotée d’un rabat distinct. 3Et comme l’unicité est parfois cachée, la distinction peut se trouver dans le cuir interieur ! Une taille au-dessus, la pochette « diamant », ou zippée, se distingue dans les couleurs des zips et la forme des empiècements, que l’on retrouve à l’état brut ou recouverts de cuir. Enfin, la pochette « mosaïque », plus imposante que les autres par sa taille et ses motifs! Toutes les pochettes sont doublées pour avoir la sensation du cuir quand on glisse sa main dedans.

De la cuisine-atelier à Ernest, la boutique-atelier

En quête d’un atelier pour son activité, tout comme Aurore Havenne, ils ont décidé d’unir leurs forces. Au fil de leurs recherches et visites, leur projet s’est orienté vers l’atelier-vitrine. Qui dit vitrine dit pourquoi ne pas y vendre leurs créations et être en contact avec leurs clients? Car jusque-là, ils déposaient essentiellement leurs créations dans des boutiques, pop up,… et arpentaient les ventes de créateurs. C’est dans le quartier de la Place Sainte Catherine qu’ils ont finalement trouvé des murs accueillants. Après quelques travaux de rafraîchissement, soutenus par Atrium, ils ont ouvert Ernest. L’endroit se veut chaleureux et propice à l’échange, un petit fauteuil accueillant pour y faire un brin de causette sur les créations et leur histoire. Outre leurs collections, ils ont invité d’autres créateurs dans leur vitrine. Poussez la porte sans hésiter!

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Pour la fin de l’année, ils vous préparent plein de surprises. Chacun sur sa collection mais pas que. Bien que ne travaillant pas les mêmes matières, ils vont sortir un objet « Ernest ». De leur passion du chinage, est née une collection de verres, tous différents. Ils ont décidé de faire appel à un fabricant de bougies pour qu’il coule la cire dans chacun de ces trésors. Quatre parfums seront proposés. Sympa l’idée, non ?

Et pour ceux qui n’ont pas la possibilité de se rendre Rue de Flandre, ils travaillent d’arrache-pied pour mettre tous les objets online d’ici le 26/11. Elle n’est pas belle la vie ?!

Du mardi au samedi de 11h à 19h, Rue de Flandre 57, 1000 BXL

Bénédicte van Egeren

Valérie Berckmans, une belle leçon de slow fashion

Installée depuis une dizaine d’années dans le quartier Dansaert, Valérie Berckmans nous démontre que produire localement, de qualité, en privilégiant le bio, dans le respect de chacun est possible. Avec une bonne dose de détermination, de sueur et de larmes. Rencontre avec Valérie.

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Brève présentation

Après 8 ans d’études, oui après tout ce temps elle aurait pu être médecin, Valérie se lance. A l’issue de son diplôme en langues germaniques, elle est passée en cours du soir à St Luc pendant 3 ans pour ensuite donner naissance à sa marque, née d’un casse-tête vestimentaire personnel. Elle ne trouvait jamais rien qui lui plaisait.

La solution? créer sa garde de robe idéale

camillepencil-bleuMais à quoi devait-elle correspondre? Simple, élégante, moderne, de qualité, lavable sans prise de tête, avec peu ou pas de repassage. Des pièces faciles à combiner mais qui ont ce petit plus qui leur permet de se différencier. Avec des détails qui viennent twister les créations, que ce soit de l’asymétrie, une couture, un col, une manche, un ajout de tissu,…

Bref, le dressing de la femme active-moderne qui n’a pas beaucoup de temps mais ne veut pas ressembler à un « sac à patate ».

De l’idée à la production

Sur base d’un dessin, l’histoire commence. Il est ensuite très rapidement travaillé en grandeur nature afin de mieux juger le résultat. collection-enfantS’enchaîne des heures d’essais-erreurs, les idées fusent, les finitions se modifient jusqu’à ce que chaque détail trouve enfin sa place. Tout est assemblé dans son atelier en sous-sol. Ce n’est qu’une fois le prototype en taille 38 validé que le patron part dans un atelier de « gradation » pour obtenir la pièce en toutes les tailles. A partir de ce moment-là, l’ensemble de la production peut dès lors être envoyée à la couturière.

Composition, prototypes et tests grandeur nature

Les matières utilisées sont essentiellement le coton bio (60%) et le tencel. Mais sa passion pour la récupération et les matières d’antan, magnifiques et de qualité, amène parfois à ce qu’un petit bout de tissu âgé s’unisse à une de ces matières. Voilà pour le petit volet upcycling qu’on ne sera pas surpris de retrouver sur certaine pièce en édition très limitée. C’est sympa et ça amène un petit plus!

« On produit tellement que les matières ne sont plus aussi increvables qu’avant. C’est du boulot de trouver de bonnes matières. »

D’ailleurs, elle passe une partie de son temps à porter ses prototypes pour s’assurer de la qualité des tissus avant de lancer la production et de les proposer à ses clients. Ses tests grandeur nature permettent de détecter si le tissu a tendance à blanchir, si un fil sort un peu vite,…Auquel cas, elle n’hésite pas à en faire part au fournisseur (allemand). Car la qualité doit absolument être au rdv. Caractéristique de plus en plus rare à l’heure actuelle. La faute au fastfashion...On ne s’attend plus à ce que les pièces durent, il y a une perte de valeur des fringues, c’est un problème de mentalité à changer.

« Si les gens comprenaient la sueur et les larmes qu’il y a derrière la mode ».

Garder le cap face à la « fast fashion de luxe »

Le quartier s’est transformé ces dernières années, des grandes enseignes internationales, pas données, ont envahi les m² de la Rue Antoine Dansaert. Et il faut se perdre dans les petites rues alentours pour trouver les véritables boutiques-ateliers iconiques du quartier.

photoMais face à ces chaînes et à la multitude de nouveaux petits créateurs, comment est-ce possible de survivre? Sa force, c’est le fait qu’elle a pignon sur rue depuis 13 ans. Mais surtout, que les gens reviennent de plus en plus au « local », au made in Belgium et aux produits de qualité qu’on ne jette pas après deux lavages. Critères qui sont les premières préoccupations de Valérie. En effet, sa production est locale (made in Bruxelles), le coton est issu de l’agriculture bio, le tout réalisé en petit métrage. Car le caractère exclusif des pièces constitue aussi un atout, il séduit de plus en plus.

La conception made in Belgium, pas si facile

Valérie a été témoin de la faillite de son ancien atelier en Flandre. Les ateliers de production ferment les uns à la suite des autres ou sont surchargés. Produire local devient de plus en plus compliqué mais reste possible. Surtout en Belgique avec le coût élevé de la main d’oeuvre. Mais ce n’est pas pour autant qu’elle est bien payée! Le métier de couturière est de nature très difficile et très exigeant, avec beaucoup de pression (quand on voit le tarif à la minute (minimum 0,5 euro)). « Ces travailleurs méritent tellement plus, ce sont des gens très courageux ». Son rêve est « que les ateliers rouvrent, qu’ils s’agrandissent car c’est un secteur florissant à ancrage local. »

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Vous l’aurez compris, pour elle il est hors de question d’envisager une délocalisation au niveau européen. Son objectif est d’être encore plus local. Son idéal c’est d’être à une distance vélo. Défi réussi, son atelier se trouve à Jette. Pédaler pour aller chercher ses pièces le matin, les mettre sur son porte bagage et prendre la direction de sa boutique pour ranger directement les nouveautés en rayon, ça c’est un projet réussi localement!

Avec son objectif distance à vélo, Valérie fait cependant un petit écart en faisant assembler certaines pièces en France pour soutenir un chouette projet. L’histoire d’un atelier qui n’était plus rentable mais dont les couturières en ont décidé autrement, en le reprenant et en fondant une coopérative pour continuer à exister.

La proximité, un bel avantage

Elle facilite l’ajustement et évite le surstock. Pour la nouvelle collection, elle a sorti un sweat en 3 couleurs. Après quelque temps, elle remarque qu’une couleur plait beaucoup plus que les autres. Le lot de pièces suivant sera produit en respectant cette observation et permet aussi de limiter les pertes. Avantage de la petite création-proche du public.

Au four et au moulin, l’envers du décors de la création

Si le côté créatif peut faire rêver, il vient vite se faire bousculer par « tout le reste ». Car entre le dessin et la place en rayon, le chemin est long. Le choix du tissus, la communication, le marketing, l’administratif, le financier,… » C’est tellement fatiguant de faire tout, le côté création devient un micro-truc (temps). Le manque de ressourcement peu mener à un blocage créatif. » Entre deux collections, Valérie se donne le temps de procrastiner pour éviter la page blanche. Elle puise son inspiration un peu partout: dans la rue, les musées, les matières,…

Que trouve-t-on dans sa boutique?

jupes-enfants A côté de sa collection femme, une mini-série kids a vu le jour. Et oui, rien ne se perd, les chutes de tissus sont utilisées pour confectionner des sweats, des t-shirts et des jupes pour enfants! Et comme l’imagination est infinie, aux heures creuses d’autres idées voient le jour comme les cotons démaquillants (super classe, assortis au sphoto-4weat ou au top!), des langes réutilisables,… disponibles dans la boutique voisine Supergreen Me, tenue par sa sœur .

Et pour compléter ses looks, Valérie a choisi avec soins quelques créateurs. La gamme de chaussures intemporelles Atelier Content, les mailles de Géraldine Bertrand ainsi que la maroquinerie de Michael Guerisse O’leary. Leur point commun? La production belge et locale évidemment!

Un bon plan pour la route?

Rendez-vous ces vendredi et samedi aux MAD Sales pour shopper ses pièces ainsi que celles d’autres créateurs belges. Vous y trouverez des prix doux et un aperçu de la nouvelle collection.

Sinon, n’hésitez pas à braver le piétonnier pour la retrouver Rue Van Artevelde 8, 1000 Bruxelles. Du mardi au samedi.

Bénédicte van Egeren

De la douceur du béton by Les Pieds de Biche

Intriguée par la matière de ses objets, je n’ai pu résister à l’envie de demander à Diam une visite de son atelier. Et surtout de connaître les coulisses de la réalisation de toutes ses créations. Comment passe-t-on de l’eau et du ciment à sa collection de déco intérieure…? La jeune marque n’a pas encore soufflé ses trois bougies mais remporte déjà un franc succès chez nous comme à l’étranger.  Je vous laisse découvrir l’histoire des Pieds de Biche et les dessous de ses productions, handmade à Bruxelles. 

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La naissance des Pieds de Biches

A l’issue de ses études aux Beaux-Arts, Diam voulait se lancer dans le garnissage de meubles. A l’heure de s’inscrire pour suivre une formation, elle arriva trop tard et jeta son dévolu sur une formation en Antiquariat. Cette dernière constitue une bonne base pour apprendre les matières (bois, céramique, verre, pièces de monnaie,…), maîtriser les nouvelles techniques et être à l’aise sur son sujet. En parallèle, elle veut déjà apprivoiser la technique du garnissage par elle-même. Elle rédige sa liste de courses d’outils nécessaires et tombe sur le micro pied de biche. « C’est devenu une évidence, en plus c’était joli, et c’était un des premiers outils à acheter ». Sa marque était née.

Les premiers travaux des Pieds de biche étaient orientés upcycling. Chiner de vieux meubles, chaises,… et les relifter de jolis motifs et couleurs. Au bout d’un moment, c’est devenu fort encombrant à réaliser et stocker, et le sur mesure prenait de plus en plus de place. Diam s’est mis en quête d’une nouvelle matière.

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Mais pourquoi le béton?

La base de son travail sont des motifs, des couleurs, des dorures. Travaillant déjà le bois, l’idéal est de pouvoir transposer le travail d’une matière à une autre. La matière choisie doit pouvoir permettre de répéter des formes et de les mélanger au bois. La céramique impliquait l’utilisation d’un four, le béton pas. Le béton s’adapte à tous les environnements, c’est une chouette matière pleine de possibilités. Il peut également se travailler comme de la terre cuite. Voila le choix posé! « Le béton est doux et sensuel, il y a moyen d’en faire autre chose que l’idée première qu’on a de lui (froid, brut,…) « .

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De l’idée à la concrétisation…

C’est un travail de longue haleine qui demande beaucoup de recherche. Le tout n’est pas d’avoir une idée mais comme le dit Diam: « Le challenge est d’arriver à faire ce que tu as dans ta tête, de le réaliser et d’être fière de le mettre en boutique ».

Mais quelles sont toutes les étapes nécessaires pour passer de l’eau et du liant à un objet si abouti?

La première chose à faire, c’est la préparation du béton. Après, il faut le couler dans le moule choisi, puis utiliser un contre-moule, pour les objets tels que les pots à fleur, les bougeoirs, les lampes et les miroirs ronds (tous les objets qui ont une incurvation). Ensuite, les pièces doivent sécher pendant 24h afin de libérer l’humidité. Humidité avec laquelle il faut jouer habilement car le séchage et l’apparition de petits défauts varient en fonction de la température. Une fois sec, il est temps de poncer chaque pièce, à la main en fonction des objets, puis de les revêtir de peinture (avec ou sans motifs), et de terminer par 3-4 couches de vernis. Pas mal hein?!

Et toutes ces formes alors?

Les récipients utilisés pour reproduire les objets sont soit en plastique soit en bois soit en silicone. Chacun a ses avantages et ses inconvénients, facilité à démouler ou pas, la robustesse, … Mais l’éventail du choix des formes provient en partie de pièces détournées. Par exemple, le miroir rond est un sous plat vintage en plastique, on retrouve la fameuse barquette de frites,…frisebarquettebleuclairL’inspiration vient des débuts des activités des Pieds de Biche. Où la matière première, les meubles, étaient chinés, pour être repeints.

De quoi se compose la collection Amer Béton?

Forte d’une quinzaine de pièces, la collection se décline dans une quinzaine de couleurs. pot-fleurLes objets décorés de motifs sont parfois bicolores, ou tricolores si on compte le béton. Pour rendre un effet marbré, du ciment blanc peut être utilisé afin d’obtenir ce mélange de couleurs naturel. Pour donner de la couleur à l’effet marbré, des pigments peuvent être ajoutés.

Les classiques d’Amer Béton : les planches et les triangles. Les planchettes existent en trois tailles. De la planche à déjeuner au plateau. Il y en a pour toutes les occasions. Quant aux triangles, ils sont de deux tailles et leur utilité dépend de votre imagination. Sous-plat, repose plante, simple objet de déco…il sera votre fervent serviteur quoi que vous en fassiez.

polkaLes bougeoirs, les pots de fleurs, les miroirs, rond ou triangulaire, à pendre ou à poser complètent la collection. Sans oublier le pot à bascule, de son vrai nom « Polka », qui sert de bougeoir ou de pot à fleurs, réinventez-lui une place au gré de vos envies. Sa particularité est de se maintenir incliné en fonction du poids de l’objet qu’il abrite. Impressionnant!

Le produit phare de la collection est la lampe. Mais également celle dont le pression lors de la réalisation est la plus grande. Le timing, entre le coulage du béton, l’insertion du fil et le contre-moule pour y poser le socquet sans que s’y glisse du béton relève de la haute voltige. Des mois de déchets et de gâchis furent nécessaires pour arriver à tenir en main « LE » produit fini et la maîtrise pour le réaliser à la perfection. Car Diam ne laissera jamais sortir une seule imperfection de son atelier, c’est juste inconcevable pour elle.

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L’objet « inutile » de l’année

A l’occasion de l’anniversaire de la marque, en mars, un objet vient s’ajouter à la collection. Sa particularité? N’avoir aucune utilité. Tout a commencé avec des cacahuètes et des noisettes dorées à la feuille. Issu du dicton « valoir son pesant de cacahuètes ». unnamedPartir de mots, phrases pour donner naissance à un objet est un héritage de sa formation aux Beaux-Arts. La collection s’est ensuite complétée avec le cannelé et l’esquimau. 2017 nous a apporté LA gaufre…

Et où se procure-t-on ces objets?

Plusieurs points de vente en Belgique et à l’étranger. Vous les retrouvez à Bruxelles, chez Belgikie, Belge Une Fois, Pépin la Lune,… la liste complète est ici.

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Bénédicte van Egeren